PROGRAMME INTÉRIMAIRE D’URGENCE POUR UN GOUVERNEMENT D’UNION NATIONALE
EN RÉPUBLIQUE DE GUINÉE
(PROPOSITION DU PARTI DYAMA)
Au bout de vingt années de règne sans partage du
Général Lansana Conté, la République de Guinée est devenue un navire ivre sans
capitaine et sans gouvernail. L’administration centrale a atteint un niveau de
démobilisation inimaginable. La Banque centrale est à l’image de la
désorganisation générale qui caractérise la gestion des pouvoirs publics. Le
vice gouverneur de cette institution se permet de prélever sur les avoirs de la
Banque centrale 44 milliards de francs guinéens, soit l’équivalent de 20
millions de dollars USA pour financer la pré campagne d’un Président qui aurait
rendu démission pour raisons de santé dans tout pays démocratique qui se
respecte. Il semblerait que, compte tenu des crimes économiques et des crimes
de sang commis par son régime et pour ne pas devoir en rendre compte devant le
peuple de Guinée, le Général Lansana Conté aurait décidé de mourir au pouvoir.
C’est pour cela qu’il a organisé un référendum le 11 novembre 2001 pour changer
la constitution afin de pouvoir se présenter à l’« élection
présidentielle » qu’il organise tous les cinq ans afin de justifier son
maintien au pouvoir. Après avoir boycotté le référendum sus - visé et les
élections législatives de juin 2002, le Parti DYAMA reste fidèle au principe de
défiance par rapport à toutes les institutions issues de ce référendum. Il
refuse de ce fait toute participation à l’élection présidentielle de décembre
2003. Il met également en garde tous
les partis d’opposition membres du Front républicain pour l’alternance
démocratique (FRAD) contre une participation à ces
« présidentielles » dont les résultats sont connus d’avance. Le
peuple de Guinée aspire aujourd’hui, dans les plus brefs délais, à un
changement de régime et à la formation d’un gouvernement d’union nationale. Le
Parti DYAMA souhaite engager au niveau des partis politiques, des syndicats et
de la société civile un débat national sur le programme que ce gouvernement
d’union national devrait mettre en œuvre en cas de changement de régime. Ce
programme intérimaire d’urgence que le Parti DYAMA propose s’articule autour
des points principaux suivants :
Le rétablissement de l’autorité de l’État guinéen qui
doit être un État de droit exige la prise des décisions citées ci-dessous:
2.1
Dissolution de
l’Assemblée nationale et mise en place d’une assemblée constituante
formée par des représentants
des partis politiques, des syndicats et de la société civile ;
2.2
Révision de la
Loi fondamentale afin de garantir effectivement toutes les libertés
individuelles et collectives,
les droits de l’Homme ainsi que la consolidation du processus
de démocratisation avec la
liberté de création de radios et télévisions libres ;
2.3
Statuts de la
fonction publique afin de mettre en place une administration de
développement libérée de toutes
les entraves bureaucratiques et mafieuses avec
adoption d’une nouvelle grille
des salaires ;
2.4
Nouveau code
des partis politiques (création,
fonctionnement et financement des partis
politiques) ;
2.5
Révision du
Code électoral et des autres lois organiques du CTRN et création d’une
Commission électorale nationale
indépendante (CENI) qui sera chargée de toutes les
opérations relatives aux
élections, depuis la révision des listes électorales jusqu’à la
publication des
résultats ;
2.6
Décentralisation
et déconcentration de l’administration du territoire en plaçant à la tête de
chacune des quatre régions naturelles
un Gouverneur élu au suffrage universel par les
habitants de ces régions avec
un parlement local dont les membres seront élus dans les
mêmes conditions, en même temps
et qui seront chargés de contrôler la gestion des
Gouverneurs ;
2.7
Mise en place
d’une Commission spéciale sur la réforme de l’Armée nationale et des
Service de sécurité.
Dans les domaines économiques et financiers, des
mesures radicales devront être prises pour l’assainissement des finances
publiques, l’accroissement des revenus fiscaux de l’État et la lutte contre la
corruption et les détournements des deniers publics. Cela exige du gouvernement
d’union nationale l’adoption des mesures suivantes :
3.1
Audit sur les
quinze dernières années de tous les services de la haute administration
(ministères du plan, des
finances et des mines, direction du budget, trésor public, banque
centrale,
présidence de la République, primature, douanes, Sgs, Adp, grands projets,
direction des
impôts, etc.) afin de détecter les faiblesses structurelles de ces services et
la
portée de la
mal gouvernance qui leur est reprochée ;
3.2
Révision des
statuts de la Banque centrale qui doit fonctionner de manière absolument
autonome avec un conseil
d’administration et des règles de gestion qui empêchent tout
détournement des ressources de
la Bcrg ;
3.3
Création d’une
Commission nationale des marchés publics dont le travail sera supervisé
par une Commission financière
interministérielle chargée de statuer sur toutes les
dépenses de l’État ;
3.4
Réforme des
structures du Service national de la douane, formation et responsabilisation
des cadres nationaux de ce
service en dehors de tous autres prestataires de services
étrangers ;
3.5 Réorganisation de la commercialisation de l’or et
du diamant ;
3.5
Inventaire du
patrimoine immobilier et foncier de l’État et révision des conditions de
location de ce patrimoine ainsi que l’identification du patrimoine privé
bâti afin d’en tirer des taxes foncières et
d’habitation substantielles ;
3.6
Négociations
avec le Fmi et la Banque mondiale afin de mieux cibler les objectifs de
développement et d’équilibre
des grands ensembles macro économiques : dette
intérieure, dette extérieure,
monnaie, taux d’inflation et de croissance, réforme du
système bancaire local,
réduction du train de vie de l’État, etc.
Le gouvernement devra procéder à un état des lieux
très exhaustif de la situation socio économique du pays avant de lancer de
nouveaux projets de développement. Pour ce faire, il organisera les états
généraux des secteurs vitaux suivants :
4.1
L’éducation au
sens le plus large du terme (du primaire à l’enseignement supérieur), la
formation professionnelle et l’analphabétisme ;
4.2
La santé ;
4.3
L’eau,
l’énergie, les télécommunications et les nouvelles technologies de
l’information et de la communication ;
4.4
L’agriculture,
la pêche et l’élevage ;
4.5
L’urbanisme, le
logement et le transfert de la capitale politique à l’intérieur du pays ;
4.6
L’industrie
minière et l’environnement ;
4.7
Les
infrastructures de transport : routes, chemins de fer, navigation fluviale
et maritime, transports aériens ;
4.8
Le commerce,
l’industrie et l’artisanat ;
4.10 La privatisation des sociétés d’État et le
secteur privé ;
4.11 Les relations africaines et internationales.
NOTA BENE : Si dans ce programme intérimaire d’urgence il n’a pas
été question de la tenue soit
d’une
Conférence nationale souveraine, soit de la mise en place d’une Commission
Réconciliation, Justice et Paix selon la méthode sud - africaine, ce
n’est pas par oubli.
À notre avis, le temps imparti au
gouvernement intérimaire est trop court pour
s’attaquer à tous les problèmes à la fois. Il
reviendra au gouvernement qui sera élu après des élections transparentes,
équitables et justes de procéder au choix de la méthode de réconciliation.
LE PRÉSIDENT DU PARTI DYAMA
M. M. KABA