EAU ET ÉLECTRICITÉ EN GUINÉE : LA SOLUTION DURABLE
(Par
Mohamed Mansour KABA, Consultant international, Président du Parti DYAMA)
Les émeutes que la Guinée a connues au début de cette année 2003
étaient liées au manque d’eau et d’électricité à Conakry, ville réputée comme
la capitale la plus obscure d’Afrique. Au cours de la campagne électorale de
décembre 1993, j’ai souvent fait appel à l’image de celui qui, en plein mois
d’août à Conakry, rentre chez lui sous une pluie abondante en retroussant le
pantalon parce que la cour est inondée, mais qui ne trouve pas d’eau au robinet
pour se laver les mains. Faut - il considérer cette situation comme une
fatalité ou une malédiction ? Ou bien peut - on y trouver une solution
durable ? C’est à la recherche de solutions à ce problème récurrent que
j’invite les lecteurs.
L’eau est la source de
toute vie, qu’elle soit animale donc humaine ou végétale. On dit qu’un être
humain peut se passer de nourriture pendant soixante douze heures mais pas
d’eau. Lorsque les plantes manquent d’eau, elles se dessèchent et meurent. Les
images sur ces phénomènes en période de grande sécheresse dans le Sahel nous
sont familières. Sur le plan chimique, l’eau se compose de deux molécules d’hydrogène
pour une molécule d’oxygène (H2O). Elle
se présente sous les trois formes connues dans le cycle universel de
l’eau : sous forme de liquide (la pluie, les rivières, les océans et l’eau
de robinet), de gaz (vapeurs d’eau) et sous la forme solide (les barres de
glaces, les glaçons, le permafrost). Sur le plan géographique, les différentes
régions du globe terrestre se répartissent selon la nature et les quantités
d’eau qu’elles reçoivent annuellement. Ainsi, on distingue les régions
polaires, tempérées, désertiques, tropicales dont le Sahel, les zones de savane
et les régions de forêt vierge.
La Guinée est l’un des pays
les mieux arrosés du continent africain et très certainement le pays le mieux
arrosé d’Afrique de l’Ouest. D’où son appellation originelle « Les
Rivières du Sud ». Plusieurs cours d’eau internationaux prennent leur
source dans le massif montagneux du Foutah Djallon en Moyenne Guinée. Il s’agit
ici des fleuves Gambie, Sénégal (le Bafing, la Falémé et le Bakoye), le Rio
Corubal (Koliba ou Tominé), Little Scarcies ou Kaba. Tout le long des 300 km de
côte, de nombreux autres cours d’eau descendent de ce massif pour se jeter dans
l’Océan Atlantique. Ce sont, pour les plus importants, du nord-ouest au
sud-est : le Kogon, le Rio Nunez, le Rio Pongo et la Fatala, le Konkouré,
le Mélikhourè. D’autres rivières tout aussi importantes prennent leur source
dans un second massif qu’on appelle la « Dorsale guinéenne ». Il
s’agit là du Niger avec ses nombreux affluents comme le Niandan, le Tinkisso,
le Milo, la Fié et le Sankarani qui remontent vers le Mali voisin. On peut
citer ici aussi le Moa (Makona), la Mano River, la Loffa, le Via et le Diani
qui descendent vers le sud en Sierra Léone et au Libéria. En fait, la Guinée
compte 1200 cours d’eau qui ne tarissent pas toute l’année ! Notre pays
mérite véritablement son nom de « château d’eau » de l’Afrique de
l’Ouest. Comment se fait-il qu’après 45 années d’indépendance, ce pays manque
aujourd’hui encore d’eau et d’électricité ?
L’eau peut être également source de maladies dues à la
consommation d’une eau polluée ou comportant des germes de ces maladies ou des
bactéries. On parle alors de maladies hydriques : diarrhées, choléra ou
« la maladie des mains sales », fièvre typhoïde, trachome. Le
voisinage de certaines qualités d’eau ou de cours d’eau permet la
multiplication de parasites (onchocercose) et d’insectes comme les moustiques
dont les piqûres de l’anophèle provoquent le paludisme (malaria). Il est de
notoriété publique que les décès dus aux maladies hydriques sont aujourd’hui
encore plus nombreux que ceux provenant du sida. Pour bien vivre sous les
latitudes de la Guinée, un homme doit boire autour de trois litres d’eau
potable par jour. On y ajoute les autres besoins domestiques (toilettes, ablutions,
cuisine, lessive, nettoyage des maisons, arrosage des espaces verts, etc.) et
les besoins professionnels et industriels. Ceci nécessite un minimum de 160
litres par personne et par jour. Cette quantité est beaucoup plus élevée dans
les pays industrialisés ! Tout le problème qui se pose est la mise à
disposition des ménages, des différentes catégories professionnelles et des
industries de l’eau de qualité irréprochable aussi bien dans les villes que
dans les villages les plus reculés du pays. L’eau peut provenir de la pluie, de
lacs, de captages de sources, de puits modernes, de prises sur les cours d’eau
ou de barrages à buts multiples. Elle doit être transportée, stockée et traitée
pour la rendre consommable sans danger pour la santé. D’où des problèmes d’expertise
technique et d’investissements financiers. Lorsque les capacités de
mobilisation des ressources financières sont défaillantes comme c’est le cas
chez nous en Guinée, alors on est confronté à ces pénuries qui ne se justifient
pas dans un pays qui rejette chaque année des milliards de m³ d’eau dans
l’océan atlantique.
Lorsqu’on considère les
problèmes d’équipement de la Guinée, qu’il s’agisse d’adduction d’eau,
d’électricité, de téléphonie ou de bitumage des voiries urbaines, l’on ne pense
généralement qu’à la ville de Conakry. Lorsque l’eau ou le courant électrique
manque à Conakry, on dit qu’il n’y a pas d’eau ou d’électricité en
Guinée ! Mais en disant cela, on ignore volontiers le fait que les grandes
villes de l’intérieur du pays comme Boké, Dubréka, Gaoual, Tougué, Kindia,
Mamou, Kouroussa, Siguiri, Kankan, Kissidougou, Macenta, N’Zérékoré et Lola
pour ne citer que ces villes sont dans une obscurité permanente et manquent
d’eau neuf mois sur douze. Qui sait par exemple que jusqu’en 1984, le château
d’eau de Kankan, quartier Kabada n’avait jamais fonctionné par manque de
branchement électrique, alors qu’il avait été construit avant l’indépendance de
la Guinée ? Il en est de même pour un vieux chantier de château d’eau
jamais terminé dans la ville de Labé que les jeunes appellent « la
carcasse ». Au cours de la campagne des présidentielles de décembre 1993,
certains journalistes originaires de la Basse Guinée qui accompagnaient mon
équipe m’ont déclaré qu’ils ne savaient pas que certains villages de Haute
Guinée vivaient dans un tel niveau de sous-équipement. Pas de courant
électrique, pas d’eau potable, pas d’école primaire, pas de dispensaire !
C’est comme si l’indépendance de la Guinée ne leur avait rien apporté de nouveau
par rapport aux temps immémoriaux. Dans la campagne guinéenne, les puits
modernes du Service national des points d’eau (Snape) sont plutôt l’exception.
Les femmes continuent aujourd’hui encore à aller chercher l’eau dans le marigot
voisin ou à la puiser dans des puits qui se situent souvent dans le voisinage
immédiat des fosses septiques. Ce qui provoque régulièrement des épidémies de
fièvre typhoïde en saison sèche. L’inefficacité des systèmes de drainage des
eaux pluviales lorsqu’ils existent contribue également aux inondations et aux
mêmes effets sur l’hygiène et la santé des populations en saison des pluies. Il
faut donc préciser que lorsque je parle de la Guinée, je ne veux pas m’arrêter
à la presqu’île du Kaloum. Je veux parler de toute la Guinée. N’en déplaise à
ceux qui cherchent à faire la différence entre une certaine « Guinée
utile » et le reste ! Pour moi, il est inconcevable que la Région de
Boké donne à la CBG 12 millions de tonnes de bauxite par an et que la ville de
Boké reste aujourd’hui encore dans l’obscurité et sans eau potable. Il en est
de même pour Siguiri où l’on produit annuellement plus de douze tonnes d’or par
an pendant que cette ville croupit dans la soif, l’obscurité et la poussière,
ou la ville de Kérouané, ou celle de Macenta, etc. Les quelques rares villes de
l’intérieur du pays qui reçoivent assez régulièrement de l’eau et du courant
électrique sont celles qui se situent à proximité des barrages
hydro-électriques de Kinkon (Dalaba, Labé et Pita) ou du Tinkisso (Dabola et Faranah).
Lorsque la Guinée accédait
à la souveraineté nationale en octobre 1958, la ville de Conakry s’arrêtait aux
marécages du quartier de Dixinn au nord et à Dabondi au sud. Souvenez-vous de
la chanson du Racing Club de Conakry contre la SSG/ Mamaya au cours des
années 1950 ! L’aéroport de Gbessia se situait dans le lointain au km 17.
Je me souviens encore d’une grande case de bergers Peuhls dans la brousse à
l’emplacement de l’actuelle Commissariat de la Police routière de Bellevue. Le
quartier « Minière » d’aujourd’hui était un site d’exploitation du
minerai de fer sur lequel la banlieue est bâtie. Conakry était à l’époque une
coquette ville de moins de 100 000 habitants. Elle était bien pourvue en eau et
en électricité. Les services d’hygiène fonctionnaient normalement. Le paludisme
y était pratiquement inconnu. C’étai bien sûr la capitale de la Guinée. Mais
elle n’était pas encore devenue le centre de gravité de toutes les activités
socio économiques d’un pays dont les habitants étaient plutôt attirés par les
pays voisins selon les régions : ceux de la Basse Guinée allaient en
Guinée-Bissau ou en Sierra Leone, ceux
de la Moyenne Guinée allaient soit en Sierra Leone avec le bétail ou au Sénégal
pour la récolte de l’arachide (les « Navétanes »), ceux de la Haute
Guinée se rendaient plutôt au Mali, en Côte d’Ivoire (la période de la
traite : café, cacao et noix de colas), au Libéria ou en Sierra Leone
(mines de diamant) et ceux de la Région Forestière étaient plus sédentaires que
les autres à cause des cultures locales qui y étaient rentables (café, cacao,
bananes, riz, palmistes, etc.). Lorsqu’en 1953, je venais de Kankan pour
l’internat à Conakry-Donka, j’en savais beaucoup plus sur Bamako et Bouaké que
sur Conakry et Boké.
Après l’indépendance et
grâce à la radicalisation de la « révolution » qui a contribué à la
fermeture de toutes les frontières du pays, Conakry est devenue en un laps de
temps très court, le centre de gravité de toutes les activités politiques et
socio-économiques de la Guinée. La nationalisation du commerce intérieur et du
commerce extérieur obligea tous ceux qui comptaient de commerçants dans le pays
à venir s’installer à Conakry. D’où la création de quartiers spontanés dans la
grande banlieue. À défaut de plans d’urbanisme bien conçus, ce sont les
« arrivants » qui se sont fixés des « alignements » pour
consolider leurs acquisitions sauvages. La banlieue de Conakry s’est alors
étendue à perte de vue. Sans eau ni électricité ! Contrairement à ce qui
se passe dans d’autres pays voisins, les urbanistes sont arrivés très très loin
après l’occupation des terrains. Or sans une voirie consolidée, il est
difficile de procéder à des branchements d’eau, d’électricité ou de téléphone,
ni à l’éclairage public. La nature du terrain rocheux de cette zone spéciale
accentue encore plus les difficultés d’aménagement de la ville de Conakry. Mais
il faut reconnaître qu’une volonté politique de s’en sortir aurait puissamment
contribué à une solution heureuse à cet important problème du manque d’eau et
d’électricité.
Pourtant, l’ancien régime
avait conçu des programmes de développement urbain tout au moins pour Conakry.
En 1963, tout le monde a visité l’exposition qui a été organisée à la
Permanence du PDG sur le projet d’aménagement de la capitale. Mais ce projet
n’a jamais connu le moindre début de réalisation. Pendant ce temps, la banlieue
de Conakry s’étendait, de nouveaux quartiers apparaissaient et les
infrastructures urbaines ne suivaient pas. Ce qui m’a le plus inquiété à
l’époque, c’était de constater que l’ancien régime avait prévu dans son dernier
plan quinquennal et en matière de développement urbain pour toutes les villes
de Guinée et pour une période de cinq ans l’équivalent en francs CFA de ce que
le gouvernement de Côte d’Ivoire avait programmé pour le développement de la
seule ville de Bouaké en une seule année ! Ce constat m’a réellement causé
de nombreuses nuits blanches au cours de mon exil à Abidjan. Il n’y a pas de
miracle en matière de développement. Si l’investissement ne suit pas, on est
obligé de se contenter de solutions provisoires, ce qui signifie en d’autres
termes « mal développement ». Il faut savoir à ce titre qu’en moins
de trente ans, la population de la ville de Conakry est passée de moins de cent
mille habitants en 1958 à plus d’un million d’habitants en 1984.
Reconnaissons tout de même
qu’à défaut de réalisations en relation directe avec l’accroissement de la
population, l’ancien régime a procédé à un recensement très utile des grands
cours d’eau du pays tout entier, de leurs bassins versants et des potentialités
de production en énergie hydro électrique. Je tire du tableau qui a été établi
à l’époque par le gouvernement les informations suivantes :
> Le Konkouré :bassin versant :16
730 km² ; potentiel : 12 000 GWh/ production : 6
000 GWh ;
> Le Sénégal : bassin versant : 15
700 km² ; potentiel : 10 000 GWh/production :3
000 GWh ;
> Le Rio Corubal - Tominé : bassin
versant : 14 850 km² ; potentiel : 6 500
GWh/production :2 000 GWh ;
> Le Niger (hors affluents) : bassin
versant : 72 170 km² ; production : 1 000 GWh ;
> La Fatala : bassin versant : 6 110
km² ; potentiel : 2 000 GWh/production :700
GWh ;
> La Gambie : bassin versant : 7
070km² ; potentiel : 4 500 GWh/production : 500
GWh ;
> La Kolenté : bassin versant : 4
800 km² ; potentiel : 2 500 GWh/production : 200
GWh ;
> Le Kogon : bassin versant : 7 750
km² ; potentiel : 2 000 GWh/production : 200
GWh ;
La quinzaine de cours d’eau
ainsi étudiée donne un bassin versant total de 212 640 km² sur une surface
totale de 245 857 km², soit 86,49 % de la surface totale de la Guinée. Manquer
d’eau dans un pays aussi bien arrosé relève du miracle dans le mal
développement ! Il faut savoir par exemple que la région de Conakry reçoit
en moyenne 5 000 mm d’eau de pluie par an, alors que la ville d’Abidjan en
reçoit 3 000 mm par an et Ouagadougou et Bamako moins de 1 800 mm par an. Ces autres
capitales possèdent une meilleure maîtrise de leurs problèmes d’eau et
d’électricité.
Le régime militaire et
semi-civile qui a succédé à celui du PDG a lancé au cours des dix neuf
dernières années seulement trois projets de développement urbain (PDU I, II et
III) avec la Banque mondiale et d’autres bailleurs de fonds bi- et
multilatéraux. Ces projets ont été concentrés sur l’aménagement de la voirie de
la ville de Conakry : percement et bitumage des transversales, bitumage de
la Route du Niger jusqu’à Matoto, réalisation de la route « Le
Prince » jusqu’à la jonction avec la route de Dubréka, pavage des
trottoirs de l’avenue de la République à Conakry I, etc. Le dernier appel
d’offres international qui vient d’être lancé par le gouvernement concerne
« des travaux de réhabilitation et construction d’infrastructures
prioritaires à Kindia, Labé et Kankan ». Il s’agit en tout et pour tout de
1km550 de voirie urbaine(1x2 voies) à Kindia, 0km550 à Labé et 1km120 à Kankan.
Pauvres villes de l’intérieur du pays ! Pendant ce temps un appel d’offres
similaire est lancé pour la réalisation d’une autoroute de 2x2voies entre Tombo
et Gbessia pour environ 80 millions de dollars USA. Ici, la quatrième capitale
régionale N’Zérékoré a probablement été oubliée. Mais comme le Ministre de
l’Urbanisme et de l’Habitat est originaire de cette ville, j’espère qu’il a
prévu un programme particulier pour la capitale de la Région Forestière.
Il ne faut pas s’en prendre
aux bailleurs de fonds, que ce soit la Banque mondiale, l’Association française
de Développement (Afd) ou d’autres institutions qui investissent dans le
secteur du développement urbain. Celles-ci ne considèrent que les projets qui
leur sont soumis par le gouvernement guinéen. Sauf cas extrême où le premier
gouvernement du Cmrn avait proposé à la Banque mondiale un premier projet
routier qui ne prévoyait que la construction de routes principales et
secondaires en Basse Guinée. Comme si le reste de la Guinée n’existait pas et
n’avait pas de besoins en matière d’infrastructures de transport
terrestre ! Ce programme a très vite été corrigé et l’on a vu par la suite
apparaître des projets routiers dans les autres régions du pays.
Nous venons de voir qu’il
n’y a pas de vie sans eau potable. Il en est de même pour l’électricité :
il n’y a pas de développement économique et industriel sans courant électrique.
Le téléphone et les nouvelles technologies de l’information en dépendent
également. Pas de courant électrique, pas de téléphone, pas d’internet !
La Guinée aura beau signer des conventions de transformation de nos richesses
minières sur place, mais tant qu’il n’y aura pas d’énergie électrique à toute
heure, en toute saison et sur toute l’étendue du territoire national, nous
n’aurons pas d’industrie digne de ce nom. Nous nous contenterons de voir nos
enfants réviser leurs leçons sous les lampadaires des rues, nos artisans ne
travailler que la nuit lorsque leurs quartiers recevront du courant électrique
et les industries de transformation de nos produits de base agricoles et
miniers s’installer ailleurs en Afrique. J’ai souvent comparé la société
d’électrique de Guinée à un mari polygame qui distribue le courant électrique
aux différents quartiers de Conakry à tour de rôle.
Les équipements de
production d’énergie électrique qui ont été installés par l’ancien régime pour
satisfaire les besoins d’une quantité de populations et d’industries
déterminées ne peuvent pas suffire éternellement, alors que ces besoins
augmentent chaque jour d’avantage. Un inventaire sommaire de ces équipements en
matière de source d’énergie hydro électrique donne les résultats
suivants en ne retenant que le nom des rivières, le nom du site et la
puissance installée :
> Samou : site des Grandes Chutes ;
puissance installée : 20 MW ;
> Samou : site de Donkéa ; puissance
installée : 15
MW ;
> Kokoulo : site de Kinkon ;
puissance installée :
3.2 MW ;
> Tinkisso : site de Dabola ;
puissance installée :
1,5 MW ;
> Loffa : site de Loffa 1 ;
puissance installée : ?.
Soit une quarantaine de
mégawatts au total pour un potentiel estimé à 7 000 MW. Cela veut tout
simplement dire que depuis l’indépendance en 1958, aucun gouvernement guinéen
n’a lancé le moindre programme conséquent de développement énergétique pour la
Guinée afin de résoudre de manière durable les problèmes d’approvisionnement en
énergie électrique. Or, comme je le dis souvent, la vocation première de la
Guinée est de servir de source de ravitaillement de la sous-région en énergie
électrique après avoir satisfait ses propres besoins industriels et
domestiques. L’installation de groupes thermiques comme Tombo 2, 3, ou 4 à
Conakry ne peut représenter qu’une solution provisoire. L’électricité en Guinée
doit être d’origine hydro électrique ou
elle ne sera pas. Cette source devra naturellement être complétée par de
l’énergie renouvelable comme l’énergie solaire et l’énergie éolienne qui, elle,
provient de l’exploitation de la force du vent. Celles-ci sont disponibles chez
nous de manière permanente et en quantité voulue. Il suffit d’installer les
équipements d’exploitation de ces énergies pour les capter aussi bien dans les
villes que dans les villages les plus reculés. L’énergie solaire pourra par
exemple être très utile dans l’éclairage public.
Dans le secteur de
l’énergie électrique, l’ancien régime avait également fourni un effort
considérable dans l’identification et l’étude des barrages hydro électriques. 7
barrages avaient été étudiés et 56 emplacements identifiés avec des données
précises sur le site, le débit du cours d’eau, la hauteur des chutes, la
puissance installée exprimée en mégawatt (MW) et l’énergie produite en MWh. Je
tire de ces études les informations succinctes suivantes ne reprenant que les
sites, le débit des cours d’eau et la puissance installée :
a) Les sites étudiés :
> Le Niandan : site : Fomi ;
débit : 260 m³/s ; puissance installée : 85 MW ;
> Le Konkouré : site :
Souapiti ; débit : 349 m³/s ; puis. installée : 400
MW ;
> Le Konkouré :
site : Amaria ; débit : 602 m³/s ; puis.
installée : 500 MW ;
> Le Baoulé :
site : Kamarato ; débit : 58 m³/s ; puis.
installée : 17,5 MW ;
> Le Bafing :
site : K. Tamba ;débit : 138 m³/s ; puis.
installée : 300 MW ;
> Le Bafing :
site : Boureya ; débit : 210 m³.s ; puis. installée : -
> Le Téné :
site : Bébélé ; débit : ?; puissance installée :
50 MW ;
b) Les sites identifiés mais non étudiés :
> Sala :
site : Pellel ; débit : 6.5 m³/s ; puis. installée : 54 MW ;
> Fetorè :
site : Fetorè I ; débit : 6,0 m³/s; puis. installée:
35 MW ;
> Fetorè :
site : Fetorè II ; débit : 14 m³/s ; puis. installée: 55 MW ;
> Kakirima :
site : Bonkon ; débit : 22 m³/s ; puis. installée :
50 MW ;
> Kakirima :
sites : Kakirima I à VI ; puis. installée totale I à VI : 230 MW ;
> Kokoulo :
site : Kam. Daga ;
débit : 20 m³/s ; puis. installée : 55 MW ;
> Mitti :
site : Hakoudemitti ; débit : 6.0 m³/s; puis. installée :
16,5 MW ;
> Bafing :
site : Kaga ; débit:: 35 m³/s; puis. installée : 150 MW ;
> Téné :
site : Ditin I ; débit : 3,7 m³.s ; puis. installée : 20 MW ;
> Ditin :
site : Ditin II ; débit : 3,7 m³/s ; puis. installée : 4 MW ;
> Téné :
site : Téné I ; débit : 32 m³/s ; puis.
installée : 60
MW ;
> Téné :
site : Téné II ; débit : 62,2 m³/s ; puis. installée : 50 MW ;
> Kioma : site :
Tougué ; débit : 20 m³/s ; puis. installée :
100 MW ;
> Gambie :
site : Badala ; -
> Gambie :
site : Digan ; -
> Koumba :
site : Kouravel ; débit : 20 m³/s ; puis. installée :
80 MW ;
> Tiri :
site : Tiri ; débit : 10 m³/s ; puis. installée : 30 MW ;
> Koumba :
site : Koumafèlè ; débit : 38 m³/s ; puis.
installée : 30 MW ;
> Ouességuélé :
site : Ouességuélé ; débit : 13 m³/s ; puis.
inst. : 35 MW ;
> Tominé :
site : Gaoual ; débit : 350 m³/s ; puis. installée :
200 MW ;
> Bafing :
site : Diaoya ;débit : 143 m³/s ; puis. installée :
120 MW ;
> Bafing :
site : Kella ; débit : 155 m³/s ; puissance
installée : 80 MW ;
> Kassagui :
site : Galli ; débit : 1,2 m³/s ; puissance
installée : 9 MW ;
> Dombélé :
site : Dombélé ; débit : 5 m³/s ; puissance
installée : 10 MW ;
> Kolé :
site : Kolé ; débit : 7,9 m³/s ; puissance installée :
6 MW ;
> Fangan :
sites : Fangan I et II ; débit : 2,9 m³/s ; puis.
inst. : 7,7 MW ;
> Kokoun :
site : Kokoun ; débit: 6,3 m³/s; puissance installée : 24 MW ;
> Hériko :
site : Poukon ; débit : 0,8 m³/s ; puissance
installée : 2,8 MW ;
> Fatala :
site : Para ; débit : 55 m³/s ; puissance installée : 37 MW ;
> Fatala :
site : Fatala ; débit : 70 m³/s ; puissance
installée : 23 MW ;
> Fatala :
site : Souaria ; débit : 85 m³/s ; puissance
installée : 17 MW ;
> Fatala :
site : Kakara ; débit : 150 m³/s ; puissance
installée : 18 MW ;
> Kogon :
site : Mael ; débit : 150 m³/s ;
puissance installée :
8,5 MW ;
> Kolenté :
site : Wawa ; débit : 3,5 m³/s ; puissance
installée : 2,9 MW ;
> Makona :
site : Pobengou ; débit : 60 m³/s ; puissance
installée : 8 MW ;
> Makona : site : Nongoa ;
> Véré: sites:
Véré I et II;
> Sankarani :
site : Dialadian ;
> Dion :
site : Lèkoro ;
> Diani :
site : Séresso ;
> Tominé :
site : Bigui ;
> Dombélé :
site : Labé ;
> Tinkisso :
site : Tinkisso ;
> Gambie :
site : Déribèrè ;
> Dion :
site : Sogouéna ;
> Loffa :
site : Loffa II ;
> Samankou :
Samankou ;
> Kaffima :
site : Kaffima.
Au moment où le Cmrn
s’emparait du pouvoir en avril 1984, tous ces éléments d’information étaient
disponibles puisqu’ils avaient été cartographiés par le ministère de
l’Information et de l’Idéologie. Au cours de ces dix neuf dernières années, le
régime en place n’a réalisé que le barrage de Garafiri qui est incapable
aujourd’hui de satisfaire en toute saison les besoins de la seule ville de
Conakry. Quant au reste du pays, c’est la nuit noire !
Dans mon article sur le
« Transguinéen », j’ai cité quelques grands projets miniers dont la
réalisation était prévue par l’ancien régime. Dans la convention de la
Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG) la transformation de la bauxite en
alumine était prévue dès le départ. Mais faute d’énergie électrique, le gouvernement
guinéen ne pouvait rien reprocher à son partenaire. Aujourd’hui, les pouvoirs
publics ont également signé des conventions prévoyant la production d’alumine,
d’aluminium et de fer brut. L’industrie de l’aluminium et des métaux ferreux
étant dévoreuse d’énergie électrique, il serait illusoire de compter sur des
sources d’énergie thermiques pour satisfaire les besoins de ces industries sans
compter les besoins des autres industries, des artisans, des ménages et de
l’éclairage public dans les villes et villages du pays. Voici quelques uns de
ces projets :
> Usine d’alumine d’une capacité de 1 000 000
tonnes d’alumine : 1,3
milliard $ ;
> Extension pour doubler la
production sus visée : 600 millions $ ;
> Fonderie d’aluminium (240 000
tonnes/an) avec le barrage
de Konkouré d’une puissance de 750 MW
(Consortium GAPCO) : 2,5 milliards $ ;
> Usine d’alumine d’une capacité de 2 500 000
tonnes
d’alumine avec RussAl (Projet Dian-Dian) : 1,0 milliard
$ ;
> Projet du Mont Nimba avec le
Transguinéen
(Euro - Nimba) 4.1 milliards $ ;
> Projet du Mont Simandou avec le Groupe Rio
Tinto : ?
Total des investissements hors Simandou : 9,5 milliards $.
Cela ne concerne que les
investissements miniers et leurs prolongements industriels et énergétiques
directs. D’autres besoins d’ordre plus traditionnels seront également à
satisfaire. Nous savons tous aujourd’hui qu’avec ses 75 MW, le barrage de Garafiri
n’est déjà pas capable de satisfaire les besoins courants de la ville de
Conakry. Et avant sa construction, toutes les solutions qui avaient été
envisagées par les différents gouvernements du Général Lansana Conté n’étaient
que des palliatifs ou tout au plus des réponses ponctuelles et momentanées à un
problème fondamental. Je le pense et je le redis : la solution aux
problèmes d’électricité de la Guinée sera de source hydro énergétique ou elle
ne le sera pas.
Le drame de notre pays est que malgré tout le travail d’inventaire et
d’études qui a été abattu par l’ancien régime, ceux qui nous gouvernent depuis
dix neuf ans se comportent comme s’ils devaient à leur tour « inventer
l’eau chaude ». Les princes qui nous gouvernent sont plutôt préoccupés par
les détournements des deniers publics que par une recherche sincère de
solutions aux problèmes qui assaillent quotidiennement nos compatriotes et
qui ont pour noms : éducation, santé, emplois, sécurité, logements,
transports publics, communication, eau et électricité pour ne citer que ces
secteurs vitaux. Ainsi, ils creusent chaque jour d’avantage le trou dans lequel
notre pays s’enfonce. À ce titre, la Banque centrale de la République de Guinée
(Bcrg) est devenue la caisse privée des hommes liges du pouvoir en place. Le
patrimoine national est dilapidé en financement de la pré-campagne du président
de la République. S’il aura fallu prélever 44 milliards de francs guinéens
(dixit Jeune Afrique./L’Intelligent N°2202 du 23 au 29 mars 2003, page 25),
soit environ 20 millions de dollars USA pour cette pré campagne, je me demande
combien faudra-t-il pour financer la vraie campagne à partir du moment où le
Parti de l’Unité et du Progrès (PUP) qui aspire à la position de parti unique dans
le pays a déjà investi son « candidat unique » ?
MES PROPOSITIONS
Tant que le présent régime sera en place, je ne me ferai aucune
illusion sur la prise en compte de ces propositions. Mais comme la vie d’un
pays ne s’arrête pas au règne d’un seul « monarque », je me permets
de les formuler pour un avenir que j’espère très proche. Car je suis convaincu
qu’à partir du moment où notre pays sera dirigé par des patriotes qui mettront
les intérêts du pays au-dessus de leurs intérêts bassement matériels et personnels,
la République de Guinée enfin débarrassée de la corruption et des détournements
des deniers publics, sera capable d’engager un programme d’investissements
massifs de trois milliards de dollars USA par an pendant vingt cinq ans, soit
au total 75 milliards de dollars, tout en se donnant les moyens de rembourser
ces fonds rubis sur l’ongle. Notre pays ne devrait pas demander une quelconque
éligibilité à l’initiative « pays pauvres très endettés » (PPTE). La
composante « Eau et Électricité » de ce vaste programme pourrait
avoir le contenu suivant :
1.
Sur le plan national en restant dans le domaine de la maîtrise de
l’eau et de
l’électricité : engager
un programme de construction de barrages hydro électriques en faisant la
différence entre les grands barrages( plus de 100 MW), les barrages de taille
moyenne (entre 25 et 100 MW), les petits barrages (de 5 à 25 MW), les
micro-barrages ( de 1 à 5 MW) et les retenues d’eau (moins de 1 MW). Un
planning précis de réalisation de ce programme devra être étudié et proposé au
gouvernement par un Commissariat national à l’Eau et à l’Énergie à créer.
2.
Dans le programme d’investissements publics sus-visé, dégager chaque
année les moyens nécessaires pour la construction des barrages de manière
équilibrée dans les quatre régions naturelles du pays et en relations directes
avec les investissements miniers qui ont été évoqués plus haut. Le gouvernement
devra s’engager à inaugurer un grand barrage tous les cinq ans, un barrage de
taille moyenne tous les trois ans et cinq micro-barrages tous les ans.
3.
Pour être plus précis, on pourrait réaliser en première phase de ce
programme les barrages de :
> Konkouré (Souapiti et Amaria) pour
l’industrie liée à la transformation de la
bauxite (alumine et aluminium) en Basse Guinée sans oublier les
autres
besoins urbains de cette
région et de la Moyenne Guinée ;
> K. Tamba et de Boureya sur le Bafing entre Tougué et Dabola pour
le traitement de la
bauxite de cette région et l’électrification du
« Transguinéen » ;
> Fomi sur le Niandan à Kouroussa pour les
industries à installer dans les régions de Kouroussa, Kankan, Siguiri et une
partie de la Guinée Forestière ;
> Kamarato sur le Baoulé à Kérouané, Loffa II
à Macenta sur la Loffa et Séressou sur le Diani entre Macenta et N’Zérékoré
pour les industries de transformation du minerai de fer des Monts Nimba et
Simandou et les autres besoins de cette région. Ces barrages font partie des
unités déjà étudiées par l’ancien régime.
4.
L’interconnexion des réseaux liés à ces barrages permettra de mieux
coordonner la
mobilisation de ces sources d’énergie selon les besoins et les saisons.
5.
Le lancement d’un tel programme de grands travaux sur une longue
période nécessite la formation d’ingénieurs de génie civil spécialisés dans
l’hydraulique, les aménagements des cours d’eau et la construction des barrages
de même que celle d’ingénieurs de génie électrique (électromécaniciens) et de
géologues (minéralogie et géologie). Un programme spécial pourrait être
organisé en recyclant tous les mathématiciens, physiciens et chimistes au
chômage ou sous-employés en leur accordant une bourse de troisième cycle afin
de leur donner l’une des formations envisagées. Il ne peut pas être question de
compter sur l’expertise étrangère seule pour la réalisation de ces projets.
6.
En matière de coopération sous-régionale, une interconnexion des
réseaux guinéens avec ceux des pays voisins nous permettra d’exporter de
l’énergie électrique vers ces pays. Il faut savoir qu’au moins 10 % de
l’énergie électrique consommée en Afrique du Sud provient du barrage de Cabora
Bassa au Mozambique. L’Afrique du Sud envisage également de s’approvisionner en
courant électrique à partir du barrage d’Inga en R. D. Congo. L’interconnexion
des réseaux du Ghana avec la Côte d’Ivoire, le Togo et le Bénin permet au
barrage d’Akosombo au Ghana de vendre de l’énergie électrique à ces voisins. Et
dans ce cas, Akosombo est loin de pouvoir couvrir toutes les sollicitations en
temps voulu.
7.
Dans cet ordre d’idées, la coopération sous-régionale doit être fondée
sur les intérêts réciproques de la Guinée et de ses partenaires. Sait-on par
exemple que les eaux du barrage de Sélingué sur le Sankarani (un affluent du
Niger qui prend sa source en Guinée) inondent actuellement sur le territoire
guinéen, une bonne partie du village de Niani, l’ancienne capitale de l’Empire
du Mali et peut-être même la tombe de l’Empereur Sundiata KEÏTA ? Ce
barrage approvisionne la ville de Bamako en énergie électrique sans que ni
Niani, ni aucune autre localité guinéenne n‘en reçoive le moindre
kilowattheure. La Guinée devra rejoindre l’Organisation de mise en valeur du
fleuve Sénégal (OMVS) afin d’y occuper la place qui lui revient de plein droit.
Le fleuve Sénégal et ses deux principaux affluents que sont la Falémé et le
Bakoye prennent tous leurs sources en Guinée.
8.
Parallèlement à ces grands projets, le Commissariat à l’Eau et à
l’Énergie devra réfléchir aux possibilités de creusement de canaux entre les
principaux cours d’eau de la même région afin de permettre la navigation fluviale
en toute saison. Des chalands circulent depuis la période coloniale entre
Bamako et Kankan, mais seulement en saison des pluies.
9.
Dans les zones rurales, ne pas attendre les micro barrages pour y
creuser des puits modernes pour l’eau potable et installer des équipements de
captage de l’énergie solaire, ne serait que pour l’éclairage public et
domestique. Cela permettra une réduction très sensible de l’exode rural avec
ses conséquence sur l’insécurité et le banditisme dans les villes.
10.
La résolution des problèmes liés au manque d’eau et d’électricité sera
la clé des réponses au développement de tous les autres secteurs qu’il n’est
pas nécessaire de citer ici mais qui ne sont à négliger en aucun cas.
CONCLUSION
En guise de conclusion, je vais relater des faits qui prouvent encore
une fois que la République de Guinée est décidément le pays des occasions
perdues. En mai 1984, les consultants africains profitent de l’assemblée
annuelle de la Banque africaine de développement (BAD) à Tunis pour créer leur
fédération, la Féca. J’y rencontre pour la première fois le Capitaine Kabiné
Kaba, alors Gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée. Après
l’avoir taquiné en lui signifiant mon étonnement de voir un membre de ma
famille dans l’Armée guinéenne, je lui propose de soumettre à la Direction de
la BAD l’idée du financement d’un programme d’urgence multisectoriel et de
reconstruction en Guinée. Après l’obtention de l’accord de principe du
Vice-Président aux Finances de l’époque à la BAD pour le parrainage d’un tel
programme, je me suis engagé à procéder gratuitement à l’inventaire des
infrastructures socio économiques héritées de l’ancien régime. Ce projet
d’urgence aurait permis à la Guinée d’engranger de deux à trois milliards de
dollars USA pour réhabiliter toutes les infrastructures de base : routes,
chemins de fer, eau, électricité, télécommunications, éducation, santé, etc.
J’organise alors cette mission volontaire avec trois autres compatriotes
résidant comme moi en Côte d’Ivoire dont un géographe-urbaniste, un ingénieur
agronome et un ingénieur des ponts et chaussées. Le gouvernement nous adjoint
deux fonctionnaires dont l’un a été désigné comme chef de mission. Nous
rencontrons une douzaine de ministres avec leurs staffs pour connaître les problèmes
des différents secteurs et identifier leurs priorités. Ensuite, nous parcourons
quelques milliers de kilomètres sur le terrain afin de recouper les
informations de source ministérielle avec celles à recueillir dans les
préfectures et sur les sites des objets visités (barrages, usines, aménagements
agricoles, etc.). Je reviens le 27 juin 1985 pour présenter au gouvernement le
rapport sur l’inventaire promis. Alors que j’étais préoccupé par ce programme
d’urgence, je me suis vu confronté au traquenard du fameux
« complot » du 4 juillet 1985 imputé à l’ancien premier ministre
Diarra Traoré. J’ai vécu ces évènements à Conakry. J’ai appris
l’arrestation, l’un après l’autre, de plusieurs officiers supérieurs et
subalternes d’origine Malinké dont de nombreux parents et amis d’enfance. Il
s’est très vite avéré qu’il s’agissait d’une guerre aux Malinké, militaires,
fonctionnaires haut-placés et grands commerçants recensés au préalable et dont
les magasins et les biens familiaux ont été pillés par des bandes organisées et
entraînées plusieurs mois au paravent. Ceux des cadres Malinké qui occupaient
des postes de direction dans l’administration ou les sociétés d’État étaient
arrêtés, fouettés tous les matins avec 50 coups de bâton en guise de
« petit déjeuner ». Les plus chanceux étaient libérés comme ils
avaient été embastillés et torturés, sans procès. Mais leurs postes de
direction étaient systématiquement occupés par d’autres. Plus d’une soixantaine
d’officiers de cette ethnie furent torturés et exécutés en dehors de toute
procédure judiciaire et de la manière la plus bestiale. Certains civiles y sont
passés aussi, y compris des dignitaires de l’ancien régime emprisonnés à
Kindia. Quant à Diarra Traoré, tout Conakry a vu sur les écrans de la
télévision nationale aux heures de grande écoute les tortures subies par
l’ancien premier ministre et ses deux compagnons.
Je crois que si j’ai pu échapper aux arrestations et à une mort
certaine, c’est tout simplement parce que je vivais à l’étranger et n’occupais
en Guinée aucun poste envié par les membres du Cmrn et leurs courtisans. Pour
moi, il n’était plus question de projet d’urgence. L’urgence consistait à
quitter ce pays. Les auteurs de ces crimes abominables n’étaient pas intéressés
au projet d’urgence parce que, ai-je appris plus tard, l’initiative provenait
d’un Malinké. Encore une occasion perdue pour la Guinée, pour des raisons
ethnocentriques. Aujourd’hui encore, ce
sont ceux qui ont organisé ce génocide qui veulent se perpétuer au pouvoir en
Guinée à l’occasion des « élections présidentielles » de décembre
2003. L’une des raisons du « bond en arrière » de la Guinée au cours
des vingt dernières années est que ceux qui disposent du pouvoir ne peuvent
pas, mais pour des raisons ethnocentriques, ne veulent pas faire appel aux
compétences confirmées provenant d’autres régions. Que le bon Dieu sauve notre
pays !
Fait à Cergy, le 18
Septembre 2003
M. M.
KABA
Site internet: www.guinea-dyama.com