LETTRE
OUVERTE DU PARTI DYAMA AU GÉNÉRAL LANSANA CONTÉ,
PRÉSIDENT
DE LA RÉPUBLIQUE DE GUINÉE
Monsieur le Président de la
République,
La troisième convention du Parti de l’unité
et du progrès (PUP) dont vous assurez la Présidence vient de vous désigner comme
son seul et unique candidat à l’élection présidentielle de décembre 2003. Une
analyse approfondie de votre discours d’acceptation de cette proposition qui a
été retransmis le samedi 13 septembre 2003 sur les ondes de la RTG et repris
sur Internet par « Boubah.com » nous amène, nous les membres du Parti
DYAMA, à formuler les observations suivantes :
- Dans ce discours, vous dites avec raison,
citation : « Je crois que nous sommes assez mûrs pour
savoir ce que nous devons faire, si nous voulons aller et le chemin que
nous voulons emprunter, pour arriver à notre objectif ». Vous
semblez seulement oublier le fait que grâce à cette maturité, le peuple de
Guinée n’a pas besoin des étrangers pour pouvoir juger le bilan de vos dix
neuf années de pouvoir solitaire faites de corruption effrénée, de
détournements des deniers publics impunis, d’ethnocentrisme et de campagne
mensongère contre nos compatriotes qui ont le malheur de vivre à
l’étranger.
- À ce titre, nous tenons à vous dire que ceux des
leaders des partis politiques de l’opposition guinéenne auxquels vous
faites allusion ont pour la plupart participé à la campagne pour le
« non » historique du 28 septembre 1958 pendant que vous serviez
l’armée coloniale française en Algérie. Vous n’êtes donc pas plus patriote
qu’un autre Guinéen. Le fait de n’avoir jamais quitté la Guinée ne vous
confère aucun mérite spécial par rapport à qui que ce soit. Le patriotisme
vrai exige du chef d’État que vous êtes encore une gestion honnête et
transparente du patrimoine national qui vous est confié. Vous n’avez
malheureusement convaincu personne de vos aptitudes dans ce domaine.
- Toute la Guinée se souvient aussi d’une
déclaration dans laquelle vous avez dit que tout le monde savait dans quel
état de pauvreté les membres du Comité militaire de redressement national
(CMRN) ont pris le pouvoir en avril 1984. Et d’ajouter que si l’on voyait
l’un d’entre vous construire des villas, c’est qu’il aura volé l’argent du
pays. Aujourd’hui, vous considérez que tout l’argent du pays vous appartient
à titre personnel et individuel. En décembre 1993, vous avez clamé haut et
fort au cours d’une conférence administrative à Kankan suite à la
suspension de la campagne présidentielle que, citation : « Je
prends l’argent du pays pour en faire ce que je veux. Que celui qui n’est
pas content vienne m’arrêter ». Cette arrogance par
rapport à la délinquance et aux crimes économiques est le plus mauvais
exemple qu’un chef d’État ait pu manifester en Afrique.
- Vous avez également couvert et même encouragé en
février 2003 le vice gouverneur de la Banque centrale de la République de
Guinée (BCRG) lorsque celui-ci a prélevé sur les avoirs de cette
institution une somme de 44 milliards de francs guinéens, soit
l’équivalent de 20 millions de dollars USA pour financer votre « pré
campagne ». Vous lui auriez prêté votre hélicoptère de fonction pour
continuer la pré campagne faite d’achats de conscience des marabouts, de
notables et d’organisations de danses folkloriques dans toutes les régions
du pays. Nous vous disons à haute et intelligible voix qu’il s’agit là
de crimes économiques graves contre le patrimoine national et de sabotage
systématique de la monnaie guinéenne. À ce rythme, nous préférons ne
pas connaître la profondeur de la « mare » dans laquelle vous vous
baignez en Guinée.
- Pendant ce temps, l’économie guinéenne vit son
année la plus sombre depuis l’indépendance : le Trésor public qui ne
reçoit pratiquement plus de recettes fiscales et autres traîne une dette
de mille milliards de francs guinéens (454 millions $ US) sur la Banque
centrale, soit un dépassement de sept fois les 150 millions de francs
guinéens autorisés. Par voie de conséquence, votre gouvernement se révèle
incapable de payer les 133 milliards de francs guinéens (61 millions $ US)
de dette intérieure en condamnant ainsi la plupart des opérateurs
économiques locaux à une faillite certaine et leurs employés au chômage.
La misère du peuple de Guinée ne vous intéresse pas puisque vous auriez
dit un jour au sujet des prix des denrées de première nécessité que vos
épouses n’allaient pas au marché.
- Vous ne pouvez pas créer un parti politique,
financer son fonctionnement, en occuper le poste de président et prétendre
ne pas « faire de politique ». Ou alors, vous n’avez aucune idée
des responsabilités qui incombent à quelqu’un qui veut gouverner un pays
en se soumettant périodiquement au suffrage de ses concitoyens. Cela
constitue l’a b c de la démocratie. Le fait de gouverner tout seul et sans
jamais avoir besoin des conseils de qui que ce soit comme c’est le cas
chez vous s’appelle l’autocratie, soit en d’autres termes, la dictature.
Elle est totalement archaïque et dépassée. Et si l’on se réfère à
l’histoire des peuples qui habitent la République de Guinée, aucune
chefferie traditionnelle ne fonctionnait dans le style qui est le vôtre.
Vous dites dans votre discours du 13/09/2003, citation : «
Depuis 1984 jusqu’aujourd’hui, ceux qui me désignent et qui ont confiance en moi, je ne les
ai jamais écoutés. Je n’ai jamais pris conseil avec eux pour faire ce que
je fais au sein du gouvernement. … Il faut suivre nos coutumes, au
lieu de suivre toujours l’Europe dans ce qu’on fait ». Mais
vous êtes le premier à oublier ces coutumes dans l’exercice de votre
pouvoir. Nous vous rappelons tout de même que c’est bien vous qui avez
fait appel à un « marabout blanc » qui vous accompagnait dans
tous vos déplacements en Guinée et à des « touristes » blancs
bien musclés un certain 4 juillet 1985.
- C’est d’ailleurs pour cela que l’opposition
guinéenne ne peut accorder aucune confiance à la fameuse Commission
interministérielle qui a été mise en place pour amadouer cette opposition
et la communauté africaine et internationale. À partir du moment où vous
n’accordez aucune considération aux ministres que vous avez choisis sans
aucune contrainte, comment voulez-vous que les opposants leur confèrent un
quelconque crédit ? Nous
pensons que vous allez trop loin en prétendant ceci, citation : « Moi,
personne ne discute avec moi quand je suis président. ….C’est moi que le
peuple a désigné pour diriger le pays, je le dirige entre moi et Dieu.
C’est tout. …On ne se mélange pas avec les malfaiteurs pour prendre une
décision. On prend sa décision. Si moi, je prends une mauvaise décision
contre mon pays, c’est Dieu seul qui peut me punir, pas un homme ».
Il ne vous a en fait rien coûté de vous faire « désigner »
par le peuple en trichant et en falsifiant les véritables résultats des
deux élections présidentielles de 1993 et de 1998. Le langage que vous
tenez maintenant est totalement différent de celui que vous avez tenu un
certain jour de février 1996, lorsque des militaires comme vous ont
bombardé votre palais et vous ont obligé de vous rendre les deux mains
croisées sur la tête. Sachez que le Bon Dieu ne dort pas et qu’il peut à
tout moment reprendre ce qu’il a donné. Surtout lorsqu’on en fait mauvais
usage.
- Vous commettez une très grave faute en cherchant
à établir un fossé infranchissable entre ceux que vous appelez « Guinéens
- étrangers » et « Guinéens » après
avoir traité les premiers de
cafards et de punaises. Tout cela pour conserver le pouvoir afin de
continuer à vous enrichir de manière illégale et illicite sur le dos du
peuple de Guinée ! Cette propagande primitive et haineuse ne peut
tromper que vos complices mafieux qui profitent du pillage organisé et
dirigé par vous-même. C’est pour cela que vous ne pouvez pas vous
imaginer ailleurs qu’au palais présidentiel et ce, jusqu’à votre mort. De
ce fait, nous avons acquis la conviction que tant que vous serez au
pouvoir, il n’y aura pas d’élections transparentes, libres et équitables
en Guinée. Il en sera de même pour toutes les revendications de
l’opposition regroupée au sein du Front républicain pour l’alternance
démocratique (FRAD), à savoir entre autres : une Commission électorale
nationale indépendante (CENI), la libéralisation des ondes, un accès
équitable de l’opposition aux médias d’État, la liberté de manifestation,
une amnistie pour tous les condamnés, etc. Prenez exemple sur le Mali
voisin avant qu’il ne soit trop tard pour vous.
- Quant aux relations de votre gouvernement avec
les multinationales qui exploitent les richesses minières de notre pays,
il ne nous appartient pas de vous donner des conseils puisque vous n’avez
besoin des conseils de personne. Vous en savez autant que le Bon Dieu.
Selon vous, ces sociétés « sont des voleurs, des brigands. Que ce
soit la CBG, CBK, ils sont tous des brigands ». Mais la société
CBG pourrait être amenée à vous demander ce que vous faites du loyer
qu’elle paie à la Guinée depuis près de dix ans à raison de 8 millions de
dollars par an, pour la location du port et de la cité de Kamsar ainsi que
pour l’utilisation de la ligne de chemin de fer de Sangarédi qui sont
propriété intégrale de notre pays. D’autres questions bien embarrassantes
pour votre personne pourraient surgir aussi du côté d’autres paiements ou
brigandages provenant de votre entourage au niveau de tous les opérateurs
économiques : commerçants, industriels, entrepreneurs, bureaux
d’études, etc. Vos autres collègues chefs d’États africains
apprécieront votre politique d’intimidation des investisseurs privés
étrangers dans le cadre du NEPAD.
- Le plus étonnant dans votre discours
d’investiture comme candidat du PUP est que vous ne vous donnez pas la
moindre peine d’indiquer le programme de gouvernement que vous entendez
réaliser au cours du prochain septennat. Vous n’avez en fait pas besoin de
ce programme puisque dans votre système, les élections de décembre 2003
sont gagnées d’avance ! Ce sera cette fois un mandat de sept ans perdu
pour le développement de notre pays. Il n’y aura que des
« opposants » inconséquents qui vous accompagneront en
participant aux prochaines « élections » présidentielles. C’est
pourquoi nous vous disons dès maintenant qu’à partir de janvier 2004, le régime
que vous dirigerez éventuellement sera pour nous un régime illégal dont
les actes serons considérés par l’immense majorité du peuple de Guinée
comme nuls, non avenus et de nul effet.
En
souhaitant que vous comprendrez l’impasse et la misère indescriptible dans
laquelle vous avez précipité notre pays et que vous vous ressaisirez pendant
qu’il en est encore temps en annulant votre candidature à l’élection
présidentielle de décembre 2003,
Nous vous
prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de nos
sentiments encore respectueux.
Fait
à Cergy, le 25 Octobre 2003
LE
PRÉSIDENT DU PARTI DYAMA
M. M. KABA