LA CRISE GUINÉENNE, LES PROPOSITIONS DE SORTIE DE CRISE ET LES RÉFORMES INDISPENSABLES POUR « L’APRÈS - CONTÉ »
(Par Mohamed Mansour KABA, Consultant international,
Président du Parti DYAMA)
LES CAUSES DE LA CRISE GUINÉENNE
La République de Guinée souffre d’une crise aiguë
d’immobilisme et le Peuple de Guinée vit dans une misère sordide sans précédent
dans l’histoire de notre pays. L’État guinéen est au bord de la faillite. Le
régime du Général Lansana Conté est au bout du rouleau. Les caisses de l’État
sont vides. Les réserves de devises étrangères quasi nulles. L’administration
centrale tourne au ralenti. Les investisseurs tant nationaux qu’étrangers ne
sont plus attirés par le fameux « scandale géologique » que constitue
le sol et le sous-sol de la Guinée. La communauté internationale lui a tourné
le dos depuis très longtemps.
Le mal dont souffre la Guinée est connu. Il n’a qu’un
seul nom : le « système » mis en place par le Général Lansana
Conté. En vingt ans de pouvoir personnel, celui-ci s’est transformé de modeste
officier supérieur que ses pairs auraient prié, en avril 1984, d’accepter le
poste prestigieux de Président du CMRN et de ce fait de Président de la
République en un dictateur solitaire qui croit ne pouvoir être puni que par le
Bon Dieu lorsqu’il commet une faute ou un délit. Le présent et l’avenir de la Guinée
et de ses populations ne l’intéressent guère. Il est au-dessus de la loi. Il se
moque des principes civiques et moraux qui sont à la base de la « bonne
gouvernance ». Il gère le patrimoine national à son profit unique.
N’a-t-il pas déclaré au cours de la
conférence administrative organisée à l’occasion de la campagne
électorale de décembre 1993 à Kankan, citation de mémoire : « Je
prends l’argent de la Guinée et j’en fais ce que je veux. Que celui qui n’est pas content vienne
m’arrêter » ? Peut-on s’imaginer qu’un chef d’État qui
parle ainsi en public se soucie de ce que l’histoire retiendra de son passage à
la tête de l’État guinéen ? On finit par avoir l’impression que l’actuel
locataire du palais présidentiel de Kaloum veut punir ses compatriotes de
l’avoir choisi comme Président de la République. Ce qui est par contre
réconfortant, c’est que, malade ou bien portant, il a d’ores et déjà condamné
son propre régime à une triste et lamentable fin qu’aucune initiative ne peut
plus sauver du naufrage. Personne ne sait aujourd’hui comment ce régime
disparaîtra dans la nuit des temps.
Mais ce qui nous intéresse maintenant, c’est la question de savoir comment
éviter l’avènement d’un régime semblable à celui que toute la Guinée rejette
désormais. Car à l’allure où va la sous-région, le pire n’est pas
nécessairement derrière nous. Dans le présent article, je vais d’abord décrire
le « système » qui caractérise le régime en place et ensuite formuler
des propositions de sortie de crise tout en insistant sur les réformes
indispensables afin que la Guinée de l’ « après - Conté » puisse
éviter de tomber dans les mésaventures des vingt dernières années. Voyons sur
quoi repose ce « système » hideux qui a causé tant de tort à notre
pays et à ses populations. J’ai retenu ici un certain nombre de facteurs
essentiels tant sur le plan politique, économique, social que judiciaire qui
semblent le mieux caractériser le mode de fonctionnement du régime qui est à la
source de tous les malheurs du Peuple de Guinée. Ici j’emprunterai beaucoup
d’éléments au texte d’une conférence que j’ai tenue à Paris le 05 mai
2001 :
1. Sur le plan politique.
1.1 L’impréparation évidente des
officiers et sous-officiers de l’Armée nationale à l’exercice du pouvoir. Avant
le premier anniversaire du Comité militaire de redressement national (Cmrn) qui
s’était emparé du pouvoir le 4 avril
1984, un ami d’enfance membre du Cmrn
et du gouvernement dirigé par le Col. Lansana Conté a reconnu au cours d’un
entretien à trois dans ses bureaux à Conakry ceci : « Dès
maintenant, nous les membres du Cmrn avons la conviction que nous sommes
incapables de résoudre les problèmes du pays. Est - ce que nous le
reconnaîtrons un jour publiquement et si nous le faisons, à quelle date
précise, je ne saurais vous le dire ». Peut - on s’imaginer
que c’est à partir de ce constat d’incapacité des tous premiers jours que les
princes qui nous gouvernent se sont engagés dès la première année d’exercice du
pouvoir à faire durer le plaisir sans retenue aucune en pensant qu’un revers de
situation est à tout moment possible ?
1.2 L’identification excessive des membres du Cmrn et du gouvernement
à leur
ethnie et régions d’origine et, dans la
foulée, l’attribution des crimes du
« Parti-État » aux Malinké,
l’ethnie à laquelle appartenait l’ancien Président
Sékou Touré. Cette culpabilisation de
l’ethnie Malinké pour tous les crimes
commis par l’ancien régime était suivie d’une
marginalisation des forces
vives issues de cette ethnie :
commerçants, industriels, hauts
fonctionnaires, officiers et sous-officiers
de l’Armée nationale. L’application de
ces mesures de marginalisation contre les
citoyennes et les citoyens
guinéens d’origine Malinké constitue pour moi
l’une des principales causes de
la colère des ressortissants de la Haute
Guinée contre les dignitaires du
pouvoir actuel et l’une des raisons
essentielles de la paralysie de l’État
guinéen. Le plus curieux dans cette situation
ubuesque est que le Général
Lansana Conté voue un respect infini à
l’ancien Président Sékou Touré, alors
qu’il ne cesse de « punir » les
membres de l’ethnie de celui-ci pour assouvir
on ne sait quel désir de vengeance. Il compte
en fait parmi les serviteurs les
plus fidèles de ce régime. Je crois fermement qu’avec ses quatre
régions
naturelles, la Guinée ressemble à un véhicule
à quatre roues qui tombe en
panne dès lors que l’on se sépare de l’une
quelconque des roues.
1.3 L’incitation à la haine
ethnique en Région forestière en demandant aux
autochtones
de la ville de N’Zérékoré, capitale de cette région, de ne pas se
laisser dominer par
les Guinéens originaires d’autres régions. La suite de ce discours haineux fut
l’enregistrement, pour la première fois dans l’histoire de la cohabitation
entre Guinéens dans cette région, d’affrontements sanglants entre Malinkés et
Guerzés et des destructions de biens publics et surtout privés.
1.4 La démolition de la ville
diamantifère de Banankoro, dans la Préfecture de
Kérouané
en Haute Guinée sur ordre du Chef de l’État que j’ai entendu à cette
occasion
dire sur les antennes de la RTG (Radio Diffusion Télévision
guinéenne) : « Je
n’ai pas de parents ni d’amis à Banankoro. Je n’ai pas
pris
d’argent avec les diamantaires. Que ceux qui ont acheté des
bulldozers
les mettent sous leurs lits. J’ai donné l’ordre de détruire
Banankoro ». Et cette ville
minière grouillante d’activités fut détruite en plein
jour
sans aucun dédommagement des concitoyens et des opérateurs
économiques
qui y vivaient. Tout cela n’avait qu’un seul but, la destruction de
l’une
des bases économiques des guinéennes et des guinéens
majoritairement d’origine Malinké qui
opéraient dans le domaine minier
artisanal.
1.5 La suppression du poste de
Premier ministre en décembre 1984 que l’on
désigna
sous l’appellation « élimination de la branche pourrie ». Ainsi,
le Col.
Diarra Traoré passa du
poste de Premier ministre à celui de Ministre de l’Éducation nationale.
Certains membres du Cmrn et du gouvernement qui lui étaient proches ont
purement et simplement été mis sur la touche. Entre décembre 1984 et juillet
1985, de nombreuses réunions préparatoires du faux coup d’état attribué à
l’ancien Premier ministre furent organisées dans un grand hôtel du nord-ouest
Parisien. Il faut reconnaître que des tendances néocolonialistes tant au sein
du gouvernement que dans certains milieux économiques français pensaient et
pensent encore qu’il fallait détruire toutes les bases économiques, politiques
et militaires d’un retour possible des Malinké au pouvoir en Guinée. D’où cette
alliance objective du gouvernement français de l’époque avec les actions
anti-Malinké du Cmrn dirigé par le Col. Lansana Conté. La
« récupération » de la République de Guinée par ces milieux après le
« non » historique du 28 septembre 1958 serait à ce prix. De nombreux
dirigeants français pensent effectivement que depuis l’Almamy Samory Touré qui
a défendu héroïquement son empire contre les armées françaises de conquête
coloniale entre 1880 et 1898 et soutint l’Almamy Bocar Biro Barry dans la
bataille où celui-ci perdit la vie et qui mit fin à l’indépendance du Royaume
théocratique du Foutah Djallon, la principale opposition à la domination
française dans ce pays et dans la sous-région était le fait d’hommes politiques
d’origine Malinké comme les Présidents Sékou Touré et Modibo Keïta…
1.6 La répression sanglante qui
suivit le faux complot mis en exécution le 4 juillet 1985 contre des militaires
(officiers, sous-officiers et hommes de troupe), des cadres de la haute
administration, des notables et des commerçants d’ethnie Malinké par le Cmrn et
le gouvernement guinéen appuyés, dans cette horrible chasse aux Malinké par des
militaires français pré positionnés à Conakry pour cette aventure
ethnocentrique. Je prends la responsabilité de parler ici de faux coup d’état
dans la mesure où j’ai personnellement participé à deux événements les 3 et 4
juillet 1985 à Conakry qui m’ont convaincu du caractère préfabriqué de ce
« complot » : à ma demande, le Col. Diarra Traoré a organisé le
3 juillet 1985 dans l’une de ses deux
résidences un dîner de 20heures à 22 heures avec douze convives en l’honneur
d’une délégation de la Banque africaine de développement (BAD) en mission à
Conakry. Un ami du Colonel est venu le chercher à trois reprises au cours de ce
repas. C’est la troisième tentative qui fut la bonne, au moment du café. Le
colonel s’excusa auprès de nous et s’en alla avec cet ami qui semblait avoir un
pressant besoin de le conduire ailleurs. C’était la veille du coup d’état qu’on
lui imputa exactement vingt quatre heures plus tard. Aucun des convives ne
pouvait s’imaginer que l’ancien Premier ministre partait pour ne plus
réapparaître en liberté. Pour ma part en tout cas, je ne le vis qu’après le
retour du chef de l’État d’une conférence à Lomé au cours des nouvelles télévisées de 20h30 dans les mains
de ses tortionnaires qui l’ont rasé à sec et l’ont ligoté pieds et mains liés
derrière le dos et ce, sous l’œil impitoyable des cameras de la RTG. Tous ceux
et toutes celles qui ont regardé la télévision ce jour-là et à cette heure
ont vu cette horrible scène de torture
de l’ancien Premier ministre. La seule question que je me pose est celle de
savoir si le Col. Diarra Traoré avait été arrêté dès cette nuit du 03/07/1985
ou seulement après le retour du Col. Lansana Conté de Lomé. Son fameux
« ami » qui est un ancien de la Banque centrale pourrait peut-être
témoigner de la réalité des faits.
Le 4
juillet 1985 entre 21h00 et 22h00, je me suis rendu au camp militaire
Alpha
Yaya Diallo pour y saluer le père de
mon ami d’enfance le Cap. Mory
Kaba.
J’y ai trouvé celui-ci et son père en boubous traditionnels. Nous avons
pris le
temps de nous entretenir puis mon cousin le capitaine qui était
spécialiste
des blindés et comptait parmi les meilleurs amis du Col. Traoré
m’accompagna
à ma voiture. En sortant de ce camp qui est le plus important
de la
Zone de Conakry et du pays tout juste un quart d’heure avant l’annonce
du
coup d’état, je n’ai observé aucun signe d’agitation tant chez mon hôte
que chez les sentinelles qui m’ont rendu ma pièce d’identité. Ce fut ici
aussi
la
dernière fois que je voyais hélas cet ami d’enfance. Le lendemain il
fut
arrêté comme plus de soixante officiers et sous-officiers d’ethnie Malinké et
exécuté
sans aucune forme de procès quelques jours ou semaines plus tard.
Après la
fermeture du tristement célèbre Camp Boiro, d’autres lieux de torture
et
d’exécutions sommaires furent ouverts au « 32 escaliers » du camp
Alpha
Yaya
Diallo et au PM 3 de la Gendarmerie nationale. Cette fois uniquement
pour les
Malinké, ce qui peut m’amener à parler de génocide. Ces arrestations
arbitraires
qui visaient tout aussi bien les militaires que les notables, les
fonctionnaires
et les commerçants Malinké préalablement recensés furent
accompagnées
de pillages des domiciles et des magasins de ceux-ci. Au
début
des pillages, les butins étaient stockés chez les chefs de quartier. Mais
lorsqu’à
son retour de Lomé le Col. Lansana Conté organisa un meeting
populaire
sur l’esplanade du Palais du Peuple à Conakry, il félicita les bandes
de
pilleurs en leur criant son désormais fameux « Wo fata’ara »
(« Vous avez
bien
fait »). C’est à partir de ce
moment que chacun a définitivement repris sa
part de butin. Le pillage des domiciles continua jusqu’à
l’enlèvement des
toitures, des
charpentes, des carreaux et des cadres en bois des portes et des
fenêtres des maisons.
Il est même arrivé que des chefs de famille qui
confièrent des objets
ou des équipements électroménagers ou électroniques à
des voisins d’autres
ethnies pour les sauver du pillage les perdirent à leur tour.
1.7 L’un des dignitaires membre du
gouvernement et du Cmrn au moment des faits n’a pas hésité à dire qu’ils
étaient prêts « à éliminer tous les Malinké de Guinée quitte à aller
en chercher la semence humaine au Mali en cas de besoin » .
Cela permet de qualifier cette répression, ces pillages et ces éliminations
extra-judiciaires planifiées en véritables actes de génocide.
1.8 L’élimination physique sans
procès de plusieurs dignitaires de l’ancien régime
qui étaient
emprisonnés au camp militaire de Kindia après l’annonce du faux coup d’état
attribué au Col. Diarra Traoré constitue également une pierre dans l’édifice du
génocide. Il faut noter dans ce cas précis qu’au cours du meeting déjà mentionné, en plus de son
« Wo fata’ara », le Chef de l’État avait dit en substance : « Ceux
qui défendent les droits de l’homme, les droits des femmes et les droits des
enfants doivent se dépêcher d’intervenir. Sinon demain, ce sera trop
tard ». Et effectivement le lendemain de ce discours, tout Conakry
a appris les nouvelles de l’élimination physique de nombreux dignitaires au
pied du Mont Gangan à Kindia. Peut-on dire que l’auteur de cette citation
n’était pas au courant des exécutions extra-judiciaires de Kindia ?
1.9 La prise de partie de l’église
catholique guinéenne en faveur du régime
dans sa
chasse aux Malinké. N’a-t-on pas entendu la plus haute autorité de
cette
église déclarer sur les conséquences de ces événements à Conakry :
« Si
les Malinké ne veulent pas participer au développement du pays,
eh
bien ! la Guinée se fera sans eux ». Nous avons vu entre-temps
quels
pas de
géants la Guinée a pu faire sans les Malinké ! Après le « Wo
fata’ara »
du chef
de l’état, je fais partie des cadres d’origine Malinké présents en ce
moment -
là à Conakry qui ont décidé qu’à partir du moment où le
gouvernement
de Lansana Conté ne voulait plus assurer la sécurité des
Malinké
et de leurs biens dans la capitale du pays, il fallait procéder
immédiatement
à l’évacuation des vieux, des vieilles et des femmes et enfants
vers
notre région d’origine, la Haute Guinée. Il s’en est suivi un exode jamais
vécu
depuis l’indépendance en 1958. L’interprétation de ce repli tant
sécuritaire
qu’identitaire des Malinké par un haut dignitaire de l’église
catholique
en Guinée comme un refus de participer au développement du
pays ne
doit-il pas être vu comme un aveu de complicité avec le Cmrn ? Les
guinéens
doivent un jour connaître l’identité exacte de tous ceux et de toutes
celles
qui ont préparé ce faux-complot et ont participé au recrutement, à la
formation
et au parrainage des groupes de jeunes Soussou que le régime a
chargés
de piller les biens des cadres, des commerçants et des notables
Malinké
résidant à Conakry.
1.10. La persistance
de la torture et des traitements dégradants et inhumains des
détenus (-es) dans les
prisons et divers camps militaires de Guinée : c’est pour avoir
publiquement dénoncé ces pratiques que l’ancien Président de l’Assemblée
nationale El Hadj Biro Diallo s’est retrouvé en contradiction flagrante avec le
Président de la République et Président du Parti de l’unité et du progrès
(PUP).
1.11 L’entretien d’une
illusion de « démocratie et de pluralisme politique » par
l’organisation d’élections présidentielle,
législative et communale dont les
résultats sont connues d’avance enlève au
régime en place toute crédibilité
tant sur le plan national qu’international.
La tricherie et les manipulations des
résultats des élections sont devenues les
exercices favoris des ministres de
l’Intérieur de Guinée. Le refus
systématique du pouvoir de la création d’une
Commission électorale nationale
indépendante (Ceni) confère de fait au
PUP le statut d’un « parti-état »
qui inspire plutôt de la pitié. Le 3 juin 2000,
le Président de la République n’avait-il
pas déclaré que les maires des cinq
communes de Conakry devaient appartenir à
son parti, le PUP. Ce qui fut le
cas pour 99 % des mairies de toute la
Guinée ! Le gouvernement s’est
dépêché de modifier dans le code électoral
le principe de l’élection des
chefs de quartiers et des présidents des
communautés rurales par la
nomination pure et simple de ceux-ci. Ce personnel politico-administratif qui
gère les élections à la base obéit
désormais aux préfets et sous-préfets des
différentes localités du pays, car c’est
grâce à ceux-là qu’ils sont nommés.
Le code électoral pluraliste est ainsi
totalement vidé de son contenu
démocratique pour laisser la place au
« parti-état ».
1.12 La violation
flagrante des droits humains par l’emprisonnement sans raisons
valables des dirigeants et autres membres
des partis politiques
d’opposition : hier le Doyen Mamadou
Ba et le Prof. Alpha Condé, et
aujourd’hui le harcèlement judiciaire
arbitraire contre l’ancien Premier
ministre Sidiya Touré, pour ne citer que
ces cas visant les présidents de
partis d’opposition. L’objectif visé étant
de les emprisonner afin de les
effrayer, de les humilier et de les
soumettre à des traitements dégradants.
1.13 Le
refus du Chef de l’État d’accorder aux partis d’opposition et aux
opérateurs économiques les droits les plus
élémentaires d’expression à
travers les médias libres (chaînes de
radios et télévisions privées) et pour
ces partis d’opposition l’accès aux médias
d’État.
1.14 La répression
sanglante de septembre 1993 contre une marche pacifique
organisée par l’opposition unie avec plus
de 60 morts par balles et des
centaines de blessés. Les soldats reçurent
l’ordre de tirer à balles réelles sur
les manifestants dans les lieux de rassemblement
de ceux-ci afin de tuer
dans l’œuf la marche qui était envisagée.
1.15 Enfin et pour
clore ce sous-chapitre, le refus du Président de la République
de tout dialogue et de toute
concertation avec l’opposition et la société civile,
bloquant ainsi le processus de
démocratisation de la vie politique dans
le pays. Même si la Guinée doit pour cela
renoncer à une aide de près de
240 millions d’Euros de l’Union européenne.
2. Sur le plan économique
2.1 Le libéralisme sauvage qui a
suivi le désengagement de l’État des activités de
production
et de distribution sous le diktat du Fond monétaire international
(Fmi) et
de la Banque mondiale. Ces décisions furent accompagnées d’autres
mesures
comme la suppression des banques nationales et la création de
banques
privées qui pratiquent des taux d’intérêt prohibitifs pour les opérateurs
économiques,
la dévaluation de la monnaie guinéenne, le dégraissage de la
fonction
publique qui a vu ses effectifs passer de 100 000 à 70 000
fonctionnaires,
condamnant au chômage des milliers de pères et de mères de
familles,
l’imposition de la « vérité des prix » à travers la suppression des
subventions
pour toutes les denrées de première nécessité, etc.
2.2 L’instauration d’un régime de
type mafieux qui assure l’impunité aux détournements des deniers publics,
organise la corruption généralisée dans tous les actes des pouvoirs publics et
pratique le népotisme en faveur des cadres et des commerçants liés soit à
l’ethnie du Président de la République ou qui lui sont associés sur le plan des
activités économiques. Il faut reconnaître cependant que ce favoritisme au
profit de certains cadres de l’ethnie du chef de l’état ne profite pas toujours
aux plus méritants des cadres Soussou. J’en connais une pléthore qui se
plaignent comme leurs homologues Malinké, Peuhl et originaires de la Région
forestière. À ce titre, il s’agit de veiller à ne pas se tromper
d’adversaire !
2.3 La concentration de tous les
pouvoirs politiques et économiques au niveau
d’une
Présidence de la République incapable d’analyser et de trouver des
solutions
aux nombreux problèmes qui assaillent le pays. Cette présidence
accumule
les fonctions de ministère des Affaires étrangères, de la Défense et
d’autres
attributions de la Banque centrale (BCRG) comme la vente de l’or et
du
diamant. La présidence est en outre devenue un centre commercial qui se
substitue
aux commerçants importateurs de riz et une agence des douanes qui
perçoit
des droit de douane sur les produits qui lui sont destinés mais qui, en
fait,
sont des marchandises importées par des commerçants moyen orientaux
indélicats.
L’actuelle crise des denrées alimentaires de première nécessité
dont la
pénurie de riz de juin-juillet 2004 provient essentiellement du fait que le
Président
de la République tend aujourd’hui à se substituer aux commerçants,
après en
avoir empêché ceux dont c’était le métier pour des raisons
ethnocentriques.
Il s’en est suivi des pillages comme en juillet 1985, mais cette
fois
contre des agents commerciaux souvent associés aux princes qui nous
gouvernent.
Une autre raison de cette crise alimentaire réside dans le fait que
l’importation
et la commercialisation du riz lui procurant des bénéfices plus
importants
que la production nationale, le chef de l’État n’assure plus aucun
soutien
conséquent à la production vivrière nationale. Or la croissance
démographique
ne permet pas aux efforts des paysans abandonnés à leur sort
de
couvrir les besoins du pays. Voilà pourquoi la Guinée qui devrait être le
grenier
à riz de la sous-région importe annuellement près de 300 000 tonnes
de
riz !
2.4 La gourmandise des dignitaires
du régime qui veulent posséder ou être
associés
à tout ce qui voit le jour et est susceptible de rapporter gros dans le
pays. La
plupart des sociétés d’état qui ont été privatisées et dans lesquelles
nos
dirigeants ne sont pas associés à travers des « actions gratuites »
ont fini
par
fermer leurs portes. J’en ai personnellement subi l’amère expérience de
l’usine
de jus de fruits de Kindia. L’administrateur de la SIBG qui avait racheté
cette
usine a constaté après son refus d’y associer à 50 % le chef de l’état à la
demande
expresse de celui-ci, soit-disant pour les anciens travailleurs de cette
unité
industrielle dont le prix de vente avait été intégralement versé à l’État
guinéen
que des « vandales » en cagoule sont venus arracher de leurs socles
en béton
toutes les machines de l’usine. Ces équipements neufs achetés et
importés
pour créer des emplois à Kindia et rapporter des bénéfices aux
actionnaires
majoritairement guinéens ont été vendus au marché noir à des
receleurs.
Comment peut-on parler de promotion de l’investissement privé ou
du NEPAD
en Guinée lorsque, pour des intérêts égoïstes, les tenants du
pouvoir se comportent en véritables voleurs et
saboteurs de l’économie
nationale ?
Pour ma part, j’ai perdu plus de un million de francs français dans
cette
mésaventure.
2.5 L’obligation faite
à certaines multinationales associées à l’État guinéen de
verser sur des comptes
bancaires privés des ministres et autres dignitaires du
régime la part de
dividendes revenant à la Guinée et non sur les comptes
du Trésor public. Qui
sait sur quel compte est versé le loyer payé par la
Compagnie des Bauxites
de Guinée (CBG) louant à Kamsar le port en eau
profonde d’une
capacité de 12 millions de tonnes par an, la cité et la ligne de
chemin de fer qui sont
des propriétés de la République de Guinée ? Tout le
monde se souvient du
discours d’investiture du Général Lansana Conté du 13
septembre 2003 lorsque
le PUP l’a proposé comme son candidat à l’élection
présidentielle de
décembre 2003. Dans ce discours, il menaçait le directeur
général d’une
entreprise privée de concassage d’expulsion parce que celui-ci
lui avait demandé de
payer cash les 2 000 tonnes de gravier concassé qu’il
voulait commander. Ce
discours-programme du candidat Lansana Conté
n’augurait rien de bon
pour les futurs investisseurs privés en Guinée. Il ne faut
donc pas s’étonner que
le chômage règne en maître absolu au niveau des
jeunes diplômés dans
ce pays. Nos princes du moment ignorent probablement
qu’en économie, tout
se tient. On ne peut pas piller le petit Mamadou du coin
et penser que
Rockefeller viendra vous faire une cour assidue pour investir
dans vos mines. Ce
sont justement ces pratiques propres aux prédateurs qui
chassent les
investisseurs privés nationaux et internationaux malgré
l’abondance de
ressources naturelles en Guinée.
2.6 Le traitement désinvolte de la
montagne de dette intérieure par le gouvernement a mis en faillite la plupart
des entreprises locales. Dans chaque budget annuel, le remboursement de cette
dette est prévu, de même que les intérêts de celle-ci. Mais dans les faits, le
ministère des Finances joue à cache-cache avec les missions du Fmi et de la
Banque mondiale. Lorsque l’arrivée d’une de ces missions est annoncée, le
ministère des Finances retourne toutes les factures des prestataires de
services aux ministères pour lesquels ces entreprises ont exécuté des contrats
en bonne et due forme. Il est demandé à celles-ci de représenter ces factures
dès le retour de la mission des institutions de Bretton Woods. Et le cirque
reprend jusqu’à l’annonce de la mission suivante. Là encore, je puis annoncer
que le gouvernement de Lansana Conté a accumulé au cours des dix dernières
années une dette de plus de cent millions de francs guinéens qu’il s’avère
incapable de payer pour des prestations exécutées en Guinée par mon bureau
d’études.
Pendant ce temps, les
agents du ministère des Finances confectionnent des contrats fictifs qui sont
immédiatement payés à des « partenaires » complaisants à la seule
condition que ceux-ci acceptent de « partager » le butin avec ces
fonctionnaires corrompus. Il en est de même au niveau de la direction générale
des impôts où les inspecteurs déposent sur leurs comptes privés les chèques qui
sont destinés au Trésor public. Une impunité en béton leur est assurée dès lors
qu’ils respectent le principe du « Ngbee saa » qui veut dire en langue Soussou « Dépose
ma part ». La part des dignitaires s’entend bien ! À ce rythme,
le gouvernement guinéen est absolument incapable de respecter le moindre
engagement financier qu’il prend devant les institutions financières
internationales. Rien d’étonnant donc lorsqu’on apprend que tous les bailleurs
de fonds ont bloqué leurs projets en Guinée parce que le gouvernement est
incapable d’assurer le service régulier de la dette extérieure !
2.7 Les détournements de fonds au
niveau de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) ont réduit les
réserves de devises étrangères à leur plus bas niveau possible et imaginable.
La monnaie guinéenne bat de l’aile. L’inflation a repris l’ascenseur. Il ne
pouvait pas en être autrement, lorsqu’on considère par exemple les
« prélèvements à régulariser » effectués début 2003 par le
vice-gouverneur de la Banque centrale pour financer la « pré
campagne » électorale du chef de l’État avec l’accord de celui-ci. Les 44
milliards de francs guinéens ainsi volés au Peuple de Guinée, soit l’équivalent
de 20 millions de dollars USA ont été dilapidés en danses folkloriques, en
financement de « prières » dans les mosquées et en moyens d’achat des
consciences des notables et des marabouts pour une élection qui ne nécessitait
aucun effort puisque les résultats étaient connus d’avance. L’auteur de ces
détournements est aujourd’hui ministre dans le gouvernement
post-élection ! Les auteurs de ces malversations doivent savoir qu’ils
commettent ainsi des crimes économiques graves contre le patrimoine national et
de sabotage de la monnaie guinéenne, premier symbole de souveraineté économique
du pays. Ils seront appelés demain à rendre compte de leurs forfaits.
2.8 La dépendance par rapport à
l’exportation de produits miniers à l’état brut est un autre indice pour le peu
de soucis que les tenants du pouvoir accordent aux problèmes économiques de la
Guinée. Le gouvernement navigue à vue. Il ne dispose d’aucun programme de
développement économique et social du pays.
2.9 L’incapacité du
gouvernement à résoudre les problèmes essentiels d’eau et
d’électricité
tant à Conakry, la capitale la plus obscure d’Afrique que dans les
villes
et villages à l’intérieur du pays condamne la Guinée à figurer au rang
des
pays les moins développés d’Afrique et du monde.
3. Sur le plan social
Les effets cumulés de
tous les actes de mauvaise gestion du patrimoine national, de chasse aux ressortissants d’une ethnie aussi
dynamique et nombreuse que les Malinké et de corruption généralisée dans
l’impunité ont contribué à créer en République de Guinée une misère
indescriptible. Les conséquences sociales d’un ajustement structurel inadapté y
ont ajouté leur part de misère et de détresse. Il en résulte un chômage des
« déflatés » de la fonction publique et de plusieurs dizaines de
milliers de jeunes diplômés sans emplois, une dislocation de la vie familiale
et toute perte de l’autorité parentale sur les enfants, un développement de la
prostitution juvénile, de la consommation des drogues et aux dernières
nouvelles une famine qui pousse des habitants de la capitale Conakry au pillage
des magasins de stockage et des véhicules transportant du riz.
En février 1998, le
gouvernement ordonna la démolition de centaines de maisons sur le site urbain
de Kaporo-Rails dans la banlieue de Conakry sans aucun dédommagement des
citoyennes et des citoyens victimes de ce vandalisme d’État. Comme cela s’était
passé en 1985 à Banankoro, il s’agissait cette fois de nuire aux intérêts des
habitants de ce quartier majoritairement d’ethnie Peuhl, dans la commune de
Ratoma qui était administrée par un député-maire issu de l’Union pour la
nouvelle République (UNR). Le Président de ce parti d’opposition, le doyen
Mamadou Ba, le député-Maire Mamadou Barry et un troisième député de l’UNR,
Thierno Ousmane Diallo furent emprisonnés sans levée de leur immunité
parlementaire. Les manifestations de protestation qui ont été organisées sur le
site ont été réprimées par des « forces de l’ordre » qui ont tiré à
balles réelles sur les manifestants. Pendant ce temps, le gouverneur de Conakry
fêtait ces tristes événements en jouant du tam-tam sur ce site. Bilan : 2
morts et de nombreux blessés. De ce point de vue, on peut dire que le pouvoir
en place a démoli plus de logements en Guinée qu’il n’en a construits en vingt
ans.
Selon une enquête que
mon bureau d’études à conduite entre fin 1999 et début 2000 sur la pauvreté à
Conakry, on a dénombré six catégories de pauvres que nos recherches avaient
identifiées : les enfants de la rue, les jeunes gens (garçons et filles)
surexploités, les mères en familles nombreuses, les parents déserteurs qui ont
fui leurs familles par incapacité de les nourrir, les diplômés sans emplois ou sous-employés
et les jeunes filles qui s’adonnent à la prostitution pour financer leurs
études et soutenir les parents au chômage. Aujourd’hui, on entend parler de
« matelas mobiles » pour la prostitution à ciel ouvert dans la
banlieue de Conakry, d’association de « femmes pleureuses » qui
cherchent des solutions aux problèmes sociaux en pleurant, sans parler du
banditisme qui devient un sport national pour bien des gens appartenant aux corps habillés.
Dans un tel marasme
économique et social, on ne peut plus parler ni de dignité, ni d’honneur. Car
l’être humain qui a faim tend à s’apparenter à un être handicapé dans sa
dignité. Il est triste de constater que le régime du Général Lansana Conté ait
conduit ce pays promis à un bel avenir à un si misérable sort. Il n’est point
nécessaire d’insister sur cette situation. Elle est vécue par tant d’hommes et
de femmes de manières si différentes et variées qu’il n’est pas possible de les
décrire toutes.
Il faut cependant
éviter de commettre une erreur fondamentale dans l’appréciation des méfaits du
régime en place : croire que tous les Soussou profitent de ce régime sans
exception. C’est plutôt une minorité de membres de cette ethnie qui profitent
du pouvoir et les autres « associés » qui seront appelés demain à
rendre compte des crimes en tous genres commis par ce régime. Pour
l’ « après-Conté » qui s’annonce inéluctablement, il faudra
éviter l’amalgame dont ont souffert et continuent de souffrir les Malinké. On a
effectivement constaté en juillet 1985 que les places arrachées aux cadres
Malinké ont été le plus souvent attribuées à des fonctionnaires incompétents et
malhonnêtes dont les seules références connues étaient leur appartenance
ethnique. Il en est de même pour le grand commerce, la privatisation des sociétés
d’État et les promotions au sein de l’Armée nationale. Ceux qui épiloguent sur
l’ « entourage du Président », devraient tenir compte du fait
que c’est le Président qui choisit les hommes et les femmes de son entourage.
Nul ne peut imposer qui que ce soit à l’actuel hôte du palais présidentiel. Il
est donc très conscient de ce qu’il fait. C’est d’ailleurs parce qu’il connaît
bien les compétences de son entourage qu’il ne reçoit aucun conseil des membres
de cet entourage. Il reconnaît cet état de fait dans son discours du 13
septembre en disant : « Depuis 1984 jusqu’aujourd’hui, ceux qui
me désignent et qui ont confiance en moi, je ne les ai jamais écoutés. Je n’ai
jamais pris de conseils avec eux pour faire ce que je fais au sein du
gouvernement ». À tel point qu’on peut dire actuellement que la
République de Guinée n’est ni administrée, ni gouvernée. Des hommes et des
femmes affectés à des tâches pour lesquelles ils ou elles ne possèdent aucune
qualification ni aucune expérience professionnelle ne peuvent pas non plus
mesurer les enjeux qui sont liés à l’exercice des responsabilités qui leur sont
confiées. C’est le règne de l’incompétence dans un pays où toutes les
négociations des contrats d’État engagent l’avenir du pays pour des dizaines
d’années et portent sur des centaines
de millions de dollars USA. Ces gens-là ne pensent qu’à une chose :
« combien je gagne dans cette affaire ? ». Dès lors que leur
voiture 4x4 et leur villa leur sont assurées, ils ou elles sont prêts (-es) à
signer n’importe quel contrat. D’où le bradage des intérêts essentiels du pays
pour l’enrichissement illicite de
fonctionnaires véreux et voraces. Il en résulte la grave crise
économique, institutionnelle, politique et sociale que le Peuple de Guinée vit
dans l’amertume tout en se disant chaque jour que la veille était encore
meilleure.
4. Sur les plans juridiques et judiciaires
En
République de Guinée, la justice est reléguée au rang de simple auxiliaire du
pouvoir
exécutif. La pratique de la corruption et de la concussion se retrouve dans
cette
corporation comme partout ailleurs dans l’administration guinéenne. Le
manque de
courage civil de certains de nos magistrats de haut rang est illustré par
le point de
vue exprimé par le Président de la Cour suprême, lorsqu’au cours de la
première
législature, le bureau de l’Assemblée nationale a voulu s’assurer
l’arbitrage
de celui-ci en cas de conflit entre la présidence et le parlement dans
l’interprétation des lois. Sans hésiter, celui-ci réponda à la délégation
de
l’assemblée
nationale que dans un tel cas, pour lui, c’est la présidence qui aura
toujours
gain de cause. Que peut-on attendre de hauts magistrats défendant des
points de
vue similaires ? Il faut cependant noter que le niveau de rémunération
des
magistrats est tellement bas qu’il n’est pas rare de trouver des hommes de loi
mêlés aux
trafics les plus insolites. Dans le domaine immobilier par exemple, il
arrive
souvent à Conakry que des « hors-la-loi » professionnels qui ne
possèdent
aucun titre
foncier cassent les portails de terrains clôturés par leurs
propriétaires légaux pour construire dans ces cours leurs villas en
comptant sur la
partialité
de la justice. Il n’est pas rare non plus d’entendre un domestique indélicat
dire à son
patron qui le prend en flagrant délit de vol d’éviter de l’amener au
commissariat, sinon, c’est le patron qui sera enfermé. Il lui suffit
effectivement de
partager le
butin avec des gens en uniforme pour que ce soit le patron qui soit
obligé de
« s’expliquer ». Les jeunes gens qui écument la banlieue de Conakry
« louent » souvent les armes des militaires ou des agents de
police pour
commettre
leurs forfaits. L’insécurité physique et judiciaire qui résulte de cette
faillite de
l’État contribue également à effrayer les investisseurs privés les plus
téméraires.
Que faire donc pour restaurer en République de Guinée l’autorité d’un
État
moderne, respectueux des droits humains, débarrassé de l’ethnocentrisme et
de la
corruption et soucieux du bien-être des populations de manière équilibrée
dans les
quatre régions naturelles du
pays ?
a)
L’annulation du référendum du 11 novembre 2001 et de toutes les conséquences
de celui-ci.
b)
La mise en place d’un gouvernement d’union nationale de transition pour une
durée n’excédant pas dix huit (18) mois et
dont les membres seront exclus d’office
des élections présidentielle, législative
et communale que ce gouvernement sera
chargé d’organiser.
c)
La dissolution de l’Assemblée nationale et la mise en place d’une assemblée
constituante formée de manière
consensuelle des représentants des partis
politiques, des syndicats et de la société
civile.
d)
La révision de la Loi fondamentale et de toutes les lois organiques du CTRN - y
compris le code électoral - afin de
garantir effectivement toutes les libertés
individuelles et collectives, les droits
humains ainsi que la consolidation du
processus démocratique.
e)
L’adoption d’un nouveau code des partis politiques (création, fonctionnement,
droits de manifester sur la voie publique,
droits d’affichage au cours des
campagnes électorales, financement, etc.)
avec l’abrogation de la « loi anti-
casseurs ».
f)
La mise en place d’une Commission électorale nationale indépendante (Ceni) qui
sera chargée de toutes les opérations
relatives aux élections, depuis le
recensement et la révision des listes
électorales jusqu’à la publication des
résultats.
h) La « régularisation » par l’ancien
vice-gouverneur de la Banque centrale devenu
ministre du montant de 44 milliards de
francs guinéens qu’il a indélicatement
détournés des caisses de celle-ci pour
financer la « pré campagne » du Général
Lansana Conté dans l’illégalité la plus
absolue.
Le gouvernement d’union nationale de transition qui sera mis en place devra, en plus de la préparation d’élections législative, présidentielle et locale démocratiques, libres, transparentes et équitables, mettre en œuvre un programme d’urgence que nous proposons ci-dessous.
Il ne suffit pas de proposer des solutions de sortie de crise. Il faut également indiquer le programme d’urgence que l’équipe gouvernementale de transition devra réaliser au bout des dix huit mois de sa magistrature. C’est par rapport à ce programme que l’on pourra choisir les hommes et les femmes qui seront chargés de le mettre en œuvre. Par tactique ou par ruse, certains leaders guinéens pensent qu’il n’est pas nécessaire de formuler des programmes de gouvernement en prévision d’une prochaine alternance. Mais sans un programme proposé par la direction d’un parti politique à ses militants et adopté par ceux-ci après débats, comment peut-on mobiliser et libérer les énergies des concitoyens dans le sens d’une alternance que l’on souhaite non-violente et démocratique ? Sans un engagement préalable de nos dirigeants sur la base de promesses fermes d’actions gouvernementales futures, comment va-t-on juger du respect de la parole donnée et par conséquent du sérieux des dirigeants ? C’est également par rapport aux programmes des partis que ceux-ci peuvent former des alliances ou même des fusions. Aujourd’hui, nous parlons tous de démocratie, de respect des droits humains, de bonne gouvernance, de liberté d’expression et d’élections transparentes, libres et équitables. Mais tout le monde sait aussi que certains leaders de l’opposition réclament en outre l’exercice du pouvoir « à tour de rôle » tout en précisant qu’après Lansana Conté, ce sera « leur tour » pour le compte de l’ethnie Peuhl. Comment peut-on concilier démocratie pluraliste et exercice de la fonction présidentielle par représentation tournante des ethnies ? Surtout lorsqu’on sait que certains veulent alors occuper le fauteuil présidentiel pour cent ans à l’exclusion de tous les autres ? On a constaté aussi que lorsqu’un chef d’État qui pratique le favoritisme a distribué les postes de grande responsabilité à ses poulains, la plupart des autres cadres du pays se trouvent condamnés à un chômage de très longue durée. Il est donc de la plus grande importance que les prétendants au pouvoir en Guinée donnent leurs points de vue sur ces questions afin d’éviter plus tard des conflits majeurs. Le régime actuel est une illustration vivante du fait qu’un problème politique mal résolu finit par en créer d’autres plus graves que le précédent. Pour sa part, le parti DYAMA a habitué les populations guinéennes à une transparence aussi bien dans la critique du régime en place que dans la formulation de propositions réalistes et réalisables pour résoudre les problèmes auxquels notre pays est confronté. Le respect du principe de transparence et de la bonne gouvernance réclamées par tout le monde est à ce prix.
Une autre réalité interpelle nos leaders à ce sujet. Le décès par surprise de deux de nos aînés, à savoir le Prof. Ibrahima Baba Kaké et son ami le député Siradiou Diallo sans que ceux-ci n’aient eu le temps de laisser à la postérité des propositions écrites sur la Guinée dont ils rêvaient et pour laquelle ils ont combattu durant des décennies est une preuve qu’à partir d’un certain âge, il n’est pas prudent de continuer le combat sans laisser des documents écrits sur les objectifs de cette lutte. Les campagnes électorales, les réunions, les interviews et les meetings politiques ne peuvent pas remplacer une réflexion approfondie et écrite sur l’avenir de notre pays. Âgé de 64 ans dans un pays où l’espérance de vie est de seulement 49 ans, je me considère comme un privilégié qui a l’obligation de témoigner en disant la vérité, de donner un avis critique le plus objectivement possible sur l’état actuel du pays et de soumettre à la critique de ses compatriotes son « projet pour la Guinée ». Cela constitue également pour les plus jeunes un appel à s’intéresser à la « chose publique », donc à la politique. Il faut que les jeunes s’engagent dans le combat pour le dépassement des intérêts égoïstes et contre la corruption et l’ethnocentrisme afin d’édifier en Guinée une société de gens honnêtes et patriotes, capables de mettre en valeur les immenses richesses de notre sol et de notre sous-sol. Mon souhait le plus ardent est que les propositions qui sont formulées ici fassent l’objet de débats dans toutes les couches de la société guinéenne. La reconversion des mentalités et des comportements qu’elles exigent par rapport à l’État guinéen et au bien public mérite qu’on leur accorde un minimum d’intérêt.
LES RÉFORMES INDISPENSABLES DE L’ « APRÈS-CONTÉ »
Il est ici justement question de l’ « après-Conté » parce que ces réformes ne seront jamais applicables tant que le Général Lansana Conté se maintiendra au pouvoir contre la volonté du peuple de Guinée. Elles devront toucher tous les aspects du fonctionnement de l’État dont il faudra rétablir l’autorité et la crédibilité : le parlement, l’administration centrale et la fonction publique, l‘Armée nationale, la Banque centrale et le secteur financier, l’administration fiscale et le service des douanes, le Trésor public, l‘administration du territoire et la décentralisation, le régime des partis politiques et la consolidation du processus de démocratisation, la mise en place d’une Commission électorale nationale indépendante (Ceni) et la création d’un service civique rattaché à l’Armée nationale pour résorber le chômage des jeunes, le lancement de grands projets d’infrastructures et enfin les réformes sectorielles (agriculture et élevage, mines, énergie et eau, éducation, santé, sécurité). Une période de dix huit mois peut sembler assez courte pour cette feuille de route. Mais il faut savoir que les membres du gouvernement de transition ne seront candidats ni à l’élection présidentielle, ni aux autres élections à l’échelon inférieur (législatives et communales) qu’ils seront chargés d’organiser. Ils auront de ce fait la sérénité nécessaire pour se concentrer sur la mission qui leur sera confiée.
LA RÉFORME DE L’ÉTAT GUINÉEN
Depuis le référendum du 11 novembre 2001, l’État guinéen fonctionne sur des bases arbitraires, c’est-à-dire non conformes à la Loi fondamentale. Les institutions qui sont issues de ce système sont par conséquent imposées au peuple de Guinée. Qu’il s’agisse de l’assemblée nationale dont les nouveaux membres ont été « élus » au mois de juin 2002 ou du Président de la République qui s’est octroyé en décembre 2003 un mandat renouvelable de sept (7) ans, pour ainsi dire « à vie ». Les réformes qui me semblent indispensables sont par conséquent :
1. L’annulation du référendum sus-visé, la dissolution de l’assemblée nationale et la mise en place d’une assemblée constituante formée par les représentants des partis politiques, des syndicats et de la société civile.
2. La révision de la Loi fondamentale et de toutes les Lois organiques du CTRN y compris le Code électoral et les Arrêtés ministériels relatifs aux élections.
3. La mise en place d’une Commission électorale nationale indépendante (Ceni) qui sera chargée de toutes les opérations relatives aux élections, depuis la révision des listes électorales jusqu’à la publication des résultats.
4. La mise en place d’une Commission nationale de protection des droits fondamentaux des Citoyens en matière de liberté d’expression par toutes les voies légales autorisées dont notamment les médias libres (radios et télévisions privées), de lutte contre la corruption et les abus de pouvoir.
5. L’adoption d’un Code des partis politiques : création, fonctionnement, droit de manifester sur la voie publique et de tenir des meetings en dehors des périodes de campagne électorale, droit d’affichage, financement des partis politiques, abrogation de la « Loi anti-casse », libre circulation des acteurs politiques dans tout le pays, etc.
6. L’adoption d’un statut de la fonction publique afin de mettre en place une administration de gestion du développement libérée de toutes les entraves bureaucratiques et mafieuses avec la fixation d’une nouvelle grille des salaires. L’administration centrale doit cesser d’être un nid de prédateurs corrompus, privilégiés et inamovibles pour devenir un service public ouvert pour 15 ans et pas un jour de plus à tous ceux et toutes celles qui veulent y travailler, le recrutement à tous les échelons devant intervenir par voie de concours. Après les quinze années de service, c’est la retraite ou le secteur privé, selon l’âge d’accès au poste administratif considéré.
7. La décentralisation et la déconcentration des services de l’administration du territoire en plaçant à la tête de chacune des quatre régions naturelles (limites administratives de septembre 1958 !) un gouverneur élu au suffrage universel réservé aux habitants de la région. Un parlement régional dont les membres seront élus au cours du même suffrage que les gouverneurs sera chargé du contrôle de la gestion des gouverneurs. La zone de Conakry constituera une région spéciale avec un gouverneur et une assemblée locale élus dans les mêmes conditions que les quatre autres collègues. Le budget national d’investissement et d’équipement sera réparti entre ces cinq gouvernorats selon des grilles de répartition telles que la population, l’étendue du territoire, le niveau de pauvreté, la carte scolaire et médicale, les points d’eau, etc. Les gouverneurs et les maires élus des communes de la Région se concerteront pour la proposition des projets à financer à l’assemblée régionale qui les adoptera. Le gouverneur assurera le rôle de maître d’ouvrage de tous les projets de sa région en dehors des projets à caractère national.
8. La réforme de l’Armée nationale permettra à celle-ci de se consacrer à ses tâches de défense de l’indépendance nationale et de l’intégrité du territoire. L’armée devra servir aussi de creuset de l’unité nationale. Cette réforme devra instituer un système objectif et impersonnel de promotion du soldat sur une durée totale de quinze ans depuis les hommes de troupe en passant par le caporal, le sergent, le lieutenant, le capitaine, le commandant et le colonel. Compte tenu de l’instabilité qui règne actuellement dans la plupart des pays voisins de la Guinée et de l’évolution incertaine de la situation sécuritaire dans la sous-région, l’on devra introduire un service national d’une durée de dix huit (18) mois pour les jeunes gens (garçons et filles) âgés de 18 à 30 ans. Selon leur niveau de formation (primaire, secondaire, baccalauréat, licence, maîtrise, doctorat et ingénieur), les jeunes ne seront admis aux concours d’accès à la fonction publique qu’après avoir effectué leur service militaire. Quatre bases militaires marines devront voir le jour à Benty, Kassa, Boffa et Kamsar pour le contrôle des 300 km de côte, et des camps militaires réhabilités et équipés dans les capitales régionales et certaines principales villes frontalières et minières. Un service civique géré par l’Armée nationale intègrera en son sein toutes les jeunes filles et tous les garçons qui échouent au niveau primaire (âgés de 12 à 14 ans) et au niveau secondaire du premier cycle (âgés de 15 à 17 ans) ainsi que les jeunes non scolarisés à partir de l’âge de 9 ans pour leur donner une formation professionnelle conforme à leurs aptitudes. Ce sera le moyen le plus sûr de combattre tout à la fois l’exode rural, le chômage des jeunes et la délinquance juvénile, mère de l’insécurité dans les zones urbaines. Ceux qui seront tentés de crier à la « militarisation » de la vie en Guinée doivent savoir que notre niveau de sous-développement ne nous permet pas d’abandonner nos jeunes à une misère intolérable dans un pays comme le nôtre. Les pays développés que nous admirons aujourd’hui et qui attirent nos jeunes gens au prix de leurs vies (exemple de Fodé, Yaguine et bien d’autres) sont passés par là à la fin de la deuxième guerre mondiale. Aux grands maux, les grands remèdes !
9. La réforme des services de sécurité pour en faire des organes non de répression et d’organisation de faux-complots comme le dernier cas contre l’ancien Premier ministre Sidiya Touré, mais des services de sécurisation des citoyens et de leurs biens. Cette réforme devra revoir le dossier de tous les cadres de la police et des autres organes de répression domiciliés au PM3, à « Koundara » et au Camp Alpha Yaya Diallo et au défunt Camp Boiro afin de les mettre à la retraite d’office tout en organisant une formation adéquate pour les éléments sains de ces organes.
10. La création d’une Commission nationale du genre « Vérité et Réconciliation » pour dresser le bilan des 46 années d’indépendance en matière de violation des droits de l’homme mais aussi des tentatives d’assassinats et de crimes crapuleux non élucidés et de « complots ». Cela ira de pair avec la réforme du cadre juridique et judiciaire afin que le troisième pouvoir puisse jouer efficacement son rôle d’arbitre et d’acteur indépendant à côté du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif.
LA RÉFORME DU CADRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIER
Dans les domaines économiques et financiers, des mesures radicales devront être prises pour l’assainissement des finances publiques, l’accroissement des revenus fiscaux de l’État et la lutte contre la corruption et les détournements des deniers publics. Cela exige du gouvernement d’union nationale de transition l’adoption des mesures suivantes :
1. L’audit des vingt dernières années de tous les services financiers et fiscaux de la République de Guinée (ministères du Plan, de l’Économie et des Finances, des Ressources naturelles, Présidence de la République, Primature, Direction du budget, Trésor public, Banque centrale, douanes, SGS, Sogeac, Grands projets, direction générale des impôts, Direction des investissements publics, etc.) afin de détecter les faiblesses structurelles de ces services, la portée de la mauvaise gouvernance et d’identifier et poursuivre devant les tribunaux les auteurs des malversations.
2. La révision des statuts et du fonctionnement de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG). Cette révision devra prévoir la mise en place d’un Conseil d’administration et des procédures de décaissements transparentes afin d’empêcher tout détournement et tout prélèvement frauduleux des fonds de la BCRG. L’ancien Vice-gouverneur qui est aujourd’hui ministre dans le gouvernement du Général Lansana Conté doit être jugé pour avoir entre autres prélevé en 2003 une somme de 44 millions de francs guinéens (l’équivalent de 20 millions de dollars USA) pour « financer la pré campagne du Président de la République »).
3. La création d’une Commission nationale des marchés publics dont le travail sera supervisé par une Commission financière interministérielle chargée de superviser les procédures de passation des marchés et d’ordonner les paiements sur tous les contrats signés au nom de l’État. Cette Commission financière interministérielle sera également chargée de la gestion des contrats miniers et de l’organisation des négociations sur les accords de prêts et de crédits avec les bailleurs de fonds bi- et multilatéraux afin qu’un seul ministre ne dispose pas de pouvoirs illimités d’orientation et de décision sur le financement des programmes et projets de développement.
4. La réforme du Service national des douanes, la formation et la responsabilisation des cadres nationaux de ce service en dehors de tous autres prestataires de services étrangers.
5. La réorganisation de la commercialisation du diamant et de l’or sous le contrôle de la Commission financière interministérielle et de la Banque centrale.
6. L’inventaire du patrimoine immobilier et foncier de l’État et la révision des conditions de location de ce patrimoine ainsi que l’identification du patrimoine privé bâti afin de lui appliquer des taxes foncières, locatives et d’habitation.
7. L’engagement de négociations avec le Fmi et la Banque mondiale afin de mieux cibler les objectifs de développement et d’équilibre des grands ensembles macro-économiques : dette intérieure et extérieure, monnaie, inflation, croissance économique, réforme du système bancaire local, réduction du train de vie de l’État, mais aussi création d’une banque de développement et de l’habitat.
8. Le lancement d’un vaste programme de réhabilitation et de reconstruction dans les sept secteurs prioritaires suivants : agriculture et élevage, infrastructures urbaines et de transports, télécommunications, industrie minière, énergie et eau, éducation et formation professionnelle, santé.
8. La réorientation de la politique africaine et internationale du pays. Les négociations d’Accra III sur la situation en République de Côte d’Ivoire de cette fin du mois de juillet 2004 se sont déroulées sans aucune participation du gouvernement guinéen qui a fait de notre pays un nain insignifiant en matière de politique africaine et internationale. Le système des prédateurs mafieux qui règne à Conakry ne permet non plus pas à ses dirigeants d’imaginer une quelconque soumission au principe d’ « évaluation par les pairs » comme condition d’éligibilité du pays au NEPAD (New Partnership for Africa’s Development).
Ce programme d’urgence permettra au gouvernement d’union nationale de transition de poser les rails du développement dans un pays débarrassé de la misère, de la peur et prêt au décollage économique. Il appartiendra au gouvernement qui sera mis en place après des élections démocratiques, libres, transparentes et équitables de continuer l’œuvre salvatrice du gouvernement de transition.
Une autre conception du Président de la République cette fois en matière de
promotion des investissements privés est aussi à lire dans ce discours du 13
septembre 2003 : « Je viens de demander deux mille mètres
cubes de granit de toutes catégories à la société qui exploite le granit à
Manéah, Coyah. Le bonhomme se permet de me dire qu’il faut que je paye
comptant. Et j’ai dit au ministre des mines : je ne paye pas, il s’en va.
Si vous entendez que je les ai chassés, ce sera pour ça. Le granit, c’est pour moi ».
Il s’agit ici du discours-programme d’un président candidat à sa propre
réélection en 2003 ! C’est la même personne qui disait après sa prise du
pouvoir en 1984 : « Tout le monde sait dans quelle
condition de pauvreté nous avons pris le pouvoir. Celui d’entre nous qui
construit une villa, c’est qu’il aura volé ». Or deux mille mètre
cubes de gravier, c’est l’équivalent de deux cents chargements d’un camion de
dix mètres cubes , soit beaucoup plus pour la construction d’une simple
villa ! Avec un tel programme, c’est l’adieu au NEPAD et aux
investissements privés nationaux et étrangers.
Je souhaite bien du plaisir à l’Union européenne qui
souhaite remettre une telle équipe sur le droit chemin. Rendez-vous
aurait été pris pour le mois de septembre 2004. Pour notre part, le Parti
DYAMA a perdu tout espoir d’une quelconque amélioration de la situation en
République de Guinée sous la botte de ce régime de dictature militaire camouflé
en tenue civile. En tout état de cause, le peuple de Guinée est averti. Un proverbe
Malinké ne dit-il pas : « Lorsque les autres t’aident à te laver le
dos, tu dois toi-même te laver le ventre ». La communauté internationale
ne pourra jamais se substituer entièrement au peuple de Guinée dans sa lutte
pour la démocratie, la liberté et le développement. Plus tôt nous tiendrons
compte de ce fait, mieux ça vaudra pour notre pays et ses habitants.
M. M.
KABA